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    October 30

    souvenirs d'enfance 9)

    La tente d’indien

    Avant que la cour s’effondre à l’endroit même du trou j’avais une tente d’indien, une vraie ! Enfin presque ! Avec des relles de bois comme on se sert pour poser les tuiles sur un toit j’avais fait l’armature et dessus j’y posais des morceaux de toile que j’avais récupérés. Le tout tenu par des chevilles.

    La première je suis allé chercher du bois du côté  de la Caloterie. Pour cela c’est pas très difficile tu prends direction la citadelle et avant d’arriver, à gauche, tu passes par la tour de la poterne, là où tu vas tout droit et descends vers le village par la route qui s’ouvre devant toi, ou bien tu tournes à droite, tu descends les glacis, tu tournes au bout devant les bâtiments Vauban jusqu’au pont « à rasoir », enfin ce qu’il en reste, sur le haut de la promenade un chemin descend entre les pâturages. Tu l’empruntes et ainsi tu arrives à la « grenouillère ». Il y avait un pont en demi lune qui traversait la Canche, plutôt joli et vieux ! Mais tu ne passe pas par là c’est les marrais et parait il que c’est dangereux quand on ne connaît pas. Nous on prenait de l’autre côté, il suffit de traverser le village puis après il y a un petit bois plein de noisetier. C’est un peu loin, mais bon ! Il faut savoir ce que l’on veut !

    C’est super les noisetiers ! Les tiges sont bien droites, en cherchant un peu tu trouves celle qui te convient. Si tu veux faire des arcs ou avoir des tiges pour faire des flèches il y en a partout ! Je ne sais plus avec on coupait les branches mais on y arrivait. Je mets « on » car plusieurs fois je n’étais pas tout seul mais avec d’autres petits copains.

    Pour la tente j’ai donc coupé deux ou trois grandes branches dont une avec une fourche. Jusque là cela avait été mais pour les ramener à la maison cela a été très dur ! C’est qu’au bout d’un moment ça pèse lourd ! Et en plus ça monte ! Une fois remonté le chemin j’en pouvais plus, alors j’ai caché deux bâtons derrière les buissons le long du mur et j’ai fini  en remontant avec celui qui était fourchu.

    Evidemment quand je suis rentré je me suis fait disputé car il était déjà tard et mes parents se demandaient où j’étais passé. Et sale en plus !

    Le lendemain ou le surlendemain quand je suis allé rechercher les bâtons que j’avais cachés, un avait disparu. On me l’avait chippé !

    Ces bâtons au final n’allaient pas ! Le bout du haut était trop fin. C’est là que le paquet de relle m’est devenu intéressant. Je ne sais plus si je me suis servi tout seul ou si j’ai demandé avant mais je m’en suis servi. Les relles c’est bien mais comment les faire tenir ensemble ? Les entourer avec une ficelle, c’est pas mal mais le montage et le démontage c’est pas toujours terrible. Des gros clous avec des cordes allaient régler le problème.

    Ca parait pas il faut beaucoup de toile pour faire une ‘grande tente ‘ ! En plus si elles sont imperméables c’est mieux ! Il m’avait été suggéré de les coudre, mais j’ai pas voulu, je les faisais tenir à l’aide de chevilles de bois comme j’avais vu sur les images. Ca faisait plus indien ! Pour l’imperméabilisation j’ai mis à contribution tous les fonds de pot de peinture que j’ai pu trouver, je trouvais que cela faisait pas mal. Le bas, presque jusque la moitié avait été fait avec de vieux sacs de chanvre ayant contenue du café. Ils étaient gras, et la pluie ne passait pas à travers ! Le seul inconvénient est qu’ils étaient un peu lourd ! Une petite copine est venue, un temps, jouer avec moi. J’étais très fier de mon tippie. Ma mère ou ma grand-mère avec de vieux chiffons lui avait fait une robe « indienne » qui lui allait très bien, avec ses longs cheveux noirs et une plume elle faisait bien la petite squaw. Mon père nous a même pris en photo !

    Broderie

    Avec mes deux sœurs, JO et Michou quand notre grand-mère nous gardait chez elle, elle nous apprenait la broderie et le crochet. Tout simplement parce qu’elle ne connaissait rien d’autre. Bien que j’étais un garçon elle me l’apprenait pareil qu’à mes sœurs. Plusieurs fois elle m’a dit « apprends à bien coudre tu verra quand tu iras à l’armée cela te sera utile ! » Au moins pour cela elle avait dit vrai, cela m’a été utile même après l’armée !

    Donc j’ai appris à manier l’aiguille et faire des points de croix, de bourdon et de je ne sais plus j’ai oublié les noms. Au crochet elle nous a aussi appris à faire des napperons ou des petites décorations. Cela a du débuter bien avant mes huit ans et a duré au moins jusque mes douze ans. Avec ma mère j’ai appris à tricoter, je faisais parfois des ‘trous’ mais nounours ou les poupées n’ont jamais réclamé ! Ne demandez pas d’en refaire aujourd’hui ! J’ai perdu cet apprentissage

    Ceci me fait repenser, lorsque nous étions relogé, dans la nouvelle salle je m’étais fait une petite spécialité : débrouilleur d’écheveaux. C’est quoi ? Pour tricoter les femmes achetaient des écheveaux de laine puis les mettaient en boule pour tricoter. Mais souvent ceux-ci étaient emmêlés. Il fallait donc les démêler, ce qui n’est pas toujours évident. Chercher le bout puis tirer assez de fil pour commencer la boule et la passer et repasser pour la débrouiller. Il y a parfois tant de nœuds qu’il devient impossible de continuer sans casser le fil, ce qu’il faut éviter. Au début j’ai fait comme j’avais vu faire, puis un jour je me suis dit que c’était pas logique, qu’en réalité dans ces écheveaux il n’y avait pas de nœuds mais seulement des boucles qui se croisent. J’ai donc demandé que l’on me donne les écheveaux sans y toucher avant, c'est-à-dire sans que l’on y crée des nœuds, des vrais cette fois-ci ! il me fallait deux ou trois dossiers de chaise. Je commençais par diviser l’écheveau en deux parties, sans casser le fil, et passais ces deux parties sur les chaises, au besoin je re-divisais une partie. J’essayai d’étirer ces tours de fil le long du dossier, ce qui assez facile, et enlever les croisements de boucle, alors il ne me restait plus qu’à trouver le bout de départ et de faire la boule.

    Si cette mise en place prenait un peu de temps, et des chaises, par contre j’en faisais au moins deux ou trois le temps que ma mère en fasse qu’une. Après la mode à du changer car on ne m’a plus demander de débrouiller les écheveaux ! Mais j’en ai fait pas mal !

    On m’avait fixé un prix de la boule ! J’ai pu acheter des livres !

    Le café

    Dans les années 53-54 on a commencé à torréfier le café. Pour cela mon père avait acheté un fourneau au gaz. Il se composait d’un boule tournant sur un axe pour que le café se cuise uniformément, cet axe était en relation avec une balance ce qui permettait à la fois de savoir la quantité introduite et surtout quand les grains étaient suffisamment cuit. Pour cela il faut mettre le peson au poids estimé une fois l’eau évaporée. Simple et efficace. Le pourcentage était assez simple j’arrivais donc à faire l’opération tout seul, et sans calculatrice, puisque celles-ci n’existaient pas. Sur un carton était inscrit les différentes sortes de café que l’on utilisait et le pourcentage qu’il fallait utiliser pour chacune d’elles. Cela ne parait pas, faire un bon café c’est assez compliqué. D’abord il faut connaître de où il vient car chaque provenance est différente. Celui de Moka est différent de celui de Bornéo, de Sumatra, de ceux du Pérou, du Mexique, ou de l’Afrique. Les grains avec l’habitude se reconnaissent facilement, leur perte en eau n’est pas la même.

    Je me souviens très bien des nombreux essais qu’il a fait, pesées, chronométrage du temps de cuisson, poids sorti du cuiseur, réglage du brûleur. Je le regardais faire, très intéressé. Au début il y a eu quelques (petites) fournées mal cuites ou brûlées. Mais la torréfaction ne s’arrête pas là, ce café bien chaud il faut le refroidir rapidement sinon il continue de se cuire et il peut même brûler si l’on n’y prend pas garde, et le café « brûlé » a fort mauvais goût ! La dalle bétonnée sous le grand auvent à côté du bureau était idéale pour provoquer un refroidissement brutal. Donc les grains y étaient versés et à l’aide d’une raclette, il faillait le remuer sans l’écraser ! Assez rapidement et sans provoquer d’épaisseur. Pas dans les essais mais dans la cuissons normale il fallait plus d’une demi heure pour qu’il soit suffisamment refroidi avant de le laisser tranquille pendant une paire d’heure ou plus l’été ! Le mettre en caisse trop vite pouvait lui provoquer une deuxième cuisson qui lui faisait perdre son goût voir le ‘brûler’.

    Mais pour autant le café n’est pas encore prêt ! Disons que nous avons fait la phase active.

    Maintenant comme pour un alliage on mélange différentes sortes pour obtenir le goût mais aussi le prix recherché. 2%¨de celui- ci, 5% de celui –là, 15 ou 20 % d’un autre et souvent le reste par un café de remplissage, c'est-à-dire un café sans beaucoup de goût dont le seul avantage est ne de pas être cher .A la fin de deux ou trois année nous vendions 6 sortes de café : l’ordinaire (pas cher), le moyen, le supérieur, l’extra, le moka et le spécial. Ils étaient conditionnés en paquets de 250, 500 grammes et de un kilo. J’avais beaucoup aimé l’établissement de ces sortes car contrairement au vin, là j’avais le droit de goûter et de donner mon avis ! À 11 ans en goûtant un café je pouvais donner sa composition à un ou deux pourcent prés, au moins pour les nôtres, même si c’était un essai dont je ne connaissais pas la composition. Pour les cafés concurrents je pouvais le faire aussi mais je n’avais pas la réponse et dans le cas où je sentais un café d’origine inconnu je ne pouvais honnêtement certifier la quantité, mais je ne devais pas être très loin du compte..

    Mon père améliora la machine d’une façon très simple. Une cuisson durait environ 20 -25 minutes et il fallait surveiller la position du peson pour arrêter la fournée. Si on fait autre chose entre deux il ne fallait pas l’oublier. L’ennui c’est qu’il est arrivé de passer l’heure et quelques cuissons ont été perdues, 20 kilos à chaque fois ! 

    Il a résolut la question en installant un système de sonnette au bout du fléau. Très simple ! La sonnette se mettait en route environ cinq minutes avant la fin de la cuisson, quand le bras du fléau s’approchait du reposoir. Ainsi alerté celui qui s’en occupait avait le temps de venir.

    J’aimais bien m’occuper du café, d’une part parce que c’était important de ne pas rater la cuisson et d’autre part j’aimais l’odeur de la torréfaction en particulier l’odeur des cafés du Pacifique. Il faut dire aussi que quand je faisais cela je ne faisais pas de bêtises et j’étais même félicité, alors que demander de plus !

     

    Laver les bouteilles

    Un autre truc super, que j’appréciais c’était de m’occuper de laver les bouteilles. On vendait des alcools que l’on mettait en bouteille. Les bouteilles étaient consignées et les clients les rapportaient, ce qui impliquait de les nettoyer avant de les réutiliser.

    Une grande roue en forte tôle baignait, pour moitié, dans un bac d’eau. Une chaudière sur le côté permettait de chauffer cette eau. Une fois l’eau suffisamment chaude il suffit de mettre les bouteilles vides d’un côté qui par leurs poids faisaient remonter de l’autre côté celles qui avaient trempées. Une machine permet ensuite de laver l’intérieur. Une fois propre et rincée il suffit de les mettre dans des caisses pour qu’elles s’égouttent avant d’être utilisée

    Au début je m’occupais seulement du feu. Quelle joie, comme tous les enfants du monde j’aimais jouer avec le feu (au sens propre). Là on me demandait de le faire ! Le pied ! Les cageots ou plateaux de fruits vides étaient conservés pour cela. Bien sur j’en profitais pour brûler tout ce qui était brûlable : papiers, cartons, bois petit ou gros. Pour chauffer, je chauffais. Il même arrivé que les tuyaux de tôle de la cheminée en soit tout rouge ou que l’eau était si bouillante que l’on a pas pu laver les bouteilles ce jour là !

    Plus tard je lavais aussi les bouteilles ! Quel plaisir de ravauder à l’eau ! Jouer avec le feu et l’eau ! C’est pas beau ! J’aurai pas donné ma place ! A la fin j’étais trempé du haut en bas, mais qu’importe, de toute façon j’aurai eu le droit d’aller au bain quand même, même si je n’étais pas sale, alors autant que cela en vaille la peine !

    J’ai toujours aimé jouer à l’eau, je l’ai pas fait exprès, mais j’ai passé 33 ans dans une usine de papier et là aussi on joue à l’eau (au sens figuré dans le travail mais je n’ai jamais été le dernier à le faire au sens propre, pour chahuter)

     

    Au cas où tu penserais que j’étais un petit esclave, détrompe toi tout de suite. J’aimais bien faire tout cela. Et pour ce qui est du lavage des bouteilles quand j’en avais envie je le faisais sans qu’on me le demande, mais pas tous les jeudis ! j’avais pas que cela à faire ! Et d’aller jouer avec les copains dans les rempart ! j’avais pas de remplaçant ! Et le jeudi aussi j’allais au louveteaux. On verra cela plus loin.

     

    Le lac les bateaux camembert et soldat de plomb

    Après les jours de pluies une grande flaque d’eau se formait sur le sol de ce qui avait été notre cuisine. A l’aide des lamelles de bois que je tirais des boites de camembert, quelques bout de ficelles ou de fin fils électrique tirés de quelques transformateurs hors d’usage, je formais l’armature d’un « canoë » comme j’avais lu les explications dans mes livre, sur les indiens bien sur, les hurons ou les iroquois probablement. Ayant obtenu la forme désirée, c'est-à-dire une peu plus large que la ‘normale’, n’ayant pas d’écorce de bouleau sous la main, je remplaçais celle-ci par la peau des ballons de baudruche explosés, je les conservais précieusement pour cet usage !

    Tendre cette enveloppe élastique et fragile n’était pas toujours facile à mettre en place et parfois elle refusait de rester en place ou se perçait. Je finissais quand même par avoir une petite flottille dans laquelle j’installais mes soldats de plomb, composée surtout d’indien, naturellement !

    Cette partie était le lac Erié, l’autre le lac Huron, quelques briques ou cailloux formaient des îles ou des forts, des cavaliers couraient dans les plaines du Mississipi ou de l’Arkansas et je m’inventais une histoire, une guerre où les indiens gagnaient et libéraient leurs terres des sales envahisseurs, est à dire le contraire de mes lectures dans le grenier. Je poussais mes bateaux en espérant leur donner l’impulsion suffisante pour qu’ils atteignent l’endroit visé. Peu arrivaient à l’endroit voulu, ils avaient toujours tendance à gauchir leur trajectoire, vu que leur ‘quille’ n’était pas parfaite. Qu’importe j’essayais de compenser.

    J’ai joué des heures à cet endroit ! J’ai du revenir à la maison (à l’étage), plus d’une fois, avec les pieds trempés mais heureux.

    Les lentilles

    Un jour il y a eu des lentilles à manger le midi. Je ne sais pour quelle lubie je n’en ai pas voulu.

    « Je veux pas de lentille, elles sont pas bonnes », sans même les avoir goûter bien sur.

     Ma mère ou ma grand-mère dirent

    « mais non elles sont bonnes regarde il y même des petits lardons dedans »

    « non ! j’en veux pas »

    « qu’est-ce que tu veux manger ? »

    Je n’ai pas eu le temps de répondre que le grand chef a coupé

    « il y a des lentilles, il mange des lentilles comme tout le monde ! »

    « mais enfin s’il n’aime pas on peut ….. »

    « pas question quand il sera à l’armée il en aura à manger et des moins bonnes alors maintenant il mange ! »

    « j’en veux pas » en repoussant l’assiette

    « tu manges !Il n’y aura rien d’autre tant que tu ne les auras pas mangées ! Non mais !»

    « mais…. » Dirent les femmes

    « il y a pas de mais ! Qui commande ici ? Ici c’est moi, alors on obéit ! C’est valable pour tout le monde. Et il n’est pas question de lui donner autre chose ! »

    tout le monde se tu. Comme ma grand-mère se magognait il ajouta

    « belle-mère il y quelque chose qui ne va pas ? »

    La colère dans les yeux elle fit non de la tête et ne dit rien. Le temps était passé à l’orage ce n’était pas utile de sortir les avis de tempête. Le repas se termina sans un mot et mon assiette n’avait pas diminuée. Je n’avais rien mangé !

    Quand on débarrassa la table, mon père prit mon assiette la plaça dans le buffet en disant « il la mangera ce soir ! Et ne vous avisez pas de lui donner autre chose en cachette !»

    Le temps était trop orageux j’ai filé par les toits rejoindre « mon domaine »

    Le soir au souper l’assiette était devant moi. Comme j’ai quand même une bonne tête de cochon, je n’y pas touché plus que le midi, faisant comme si elle n’existait pas

    Le lendemain matin j’ai déjeuné d’un bol de lait et deux tartines de pain sec. Le grand chef surveillait les opérations, alors couvrez vous temps incertain ! Après j’ai du aller à l’école ou au grenier pour lire.

    A midi les lentilles étaient de nouveau devant mon nez. J’avais un peu faim mais je ne les ai pas touchées pour autant. Dans l’après midi mamy m’avait donné une pomme en cachette, j’ai pris du sucre (en morceau) plein ma poche et je suis allé dans mon refuge. Une fois grimpé j’ai remonté la corde du treuil et fermé la trappe. Là au moins j’étais tranquille, alors j’ai mangé la pomme et les morceaux de sucre par petits bouts, pour ne pas me trouver la bouche pleine si on m’appelait. Je allais pas trahir ma grand-mère en mangeant trop vite !

    Le soir les lentilles étaient toujours là ! Et je n’en voulais toujours pas ! Mais je commençais à avoir vraiment faim !

    Quand j’ai quitté la table mon père m’a dit « tu céderas ! Demain elles seront encore là »

    J’ai pas du répondre car dans ces cas là il vaut mieux se taire, pas la peine d’allumer les feux !

    Au petit déjeuné j’ai bu mon lait et mangé les tartines mais j’avais encore faim alors j’ai dit « si je le mange maintenant, à midi il n’y aura plus ? » Il n’a pas répondu mais est allé chercher l’assiette. J’ai tout mangé ! Elles étaient froides mais pas mauvaises !

    Depuis j’ai toujours mangé ce qu’il y a sans me préoccuper de ce que c’est !

    Les haricots

    Cela s’est passé bien avant que la maison soit démolie peut-être 5 ou 6ans

    Mon père est allé faire un stage ou quelque chose à Cognac. Nous vendions une marque de cet alcool qui porte justement ce nom. Durant ce voyage il est allé à une foire exposition et a ramené une cocote minute peut être bien appelée « autoclave familial », peu importe, c’était nouveau. Il a expliqué les vertus de l’appareil aux femmes tout en lisant la notice qui accompagnait en insistant sur le gain de temps lors de la cuisson. Ma mère, mamy, Maximiliène et une autre l’écoutaient un peu moqueuses et septiques. Probablement elles devaient se dire « c’est pas qu’il va se mettre aussi à la cuisine ? Un homme à la cuisine !? Non, c’est une farce, et cette cocotte miraculeuse ? Qu’est ce qu’elle a de plus ? » On était installé « en terrasse » au bord du jardin avant l’entrée des entrepôts, il y avait une très belle journée d’été ( ?) Comme son auditoire ne semblait pas très convaincu il dit

    « très bien je vais vous faire voir, je vais cuire des haricots blancs et vous verrez par vous-même que cela prends moitié moins de temps »

     L’une d’elle répliqua « oui mais à moitié cuit »

    « Non, non ! bien cuit, mieux que traditionnellement et en plus avec plus d’arome puisque celui ne peut s’échapper »

    Il mit donc des haricots dans la cocote, un peu d’eau, ferma le couvercle et mis le tout sur le gaz tout en leur demandant combien de temps elles mettaient habituellement pour la cuisson. Une fit remarquer « vous n’avez pas mis beaucoup d’eau et ils n’ont même pas été trempés ! » En attendant la fin de la cuisson (chronométrée) ils ont du papoter sur ce qu’il avait vu durant son voyage et qu’est ce que cela faisait de monter en avion. Il avait pris son baptême de l’air à cette occasion !

    Le temps étant épuisé, il alla chercher la cocotte, retira le clapet maintenant la pression en expliquant comment il fallait le faire pour ne pas se brûler etc.…C’est vrai que par moment il était casse pied, mais il faut reconnaître aussi qu’il veillait toujours à ce que chacun travaille en sécurité ou comprenne bien ce qu’il avait à faire. Oui parce que dans la marine …..  on répète les ordres pour dire que l’on a bien entendu et bien compris ….Je me moque bien sur, mais tout n’est pas idiot, même si je suis globalement contre ! On a bien le droit d’avoir des contradictions ! Quand on les assume !!

    La vapeur ayant cessée de sortir il dévissa la molette pour ouvrir le couvercle et très fier «  Et voilà ! Voyez par vous-même ! Ils ne sont pas bien cuits ? »

    Les femmes regardèrent et partirent à rire, à pouffer de rire !! Que se passait-il ? Il regarda lui aussi et avec stupeur il vit qu’ils étaient cuits, même bien cuit ! Les haricots avaient perdus leur enveloppe ! Celles-ci flottaient au dessus de la purée ! C’est la première fois qu’elles voyaient des haricots « tout nu ». Un peu vexé sur le coup puis après il ria de cette surprise en disant qu’au début il y aura peut-être des ajustements à faire mais que néanmoins il avait gagné son pari car les haricots avaient cuits en moitié moins de temps et qu’il faudra même diminuer encore ce temps.

    Ensuite cette cocote servit quotidiennement, il n’y a que Maximiliène qui lui préférait ses faitouts, des années d’habitudes ne s’effacent pas en quelques minutes !

     

    souvenirs d'enfance 8)

    Tour de France

    Je ne sais plus si cette année là et de où je suis-je ne peux pas le vérifier mais parmi les événements de la ville il y a eu le tour de France. Tous les grands ne parlaient que de cela donc la veille du jour venu, partout où cela était possible, des drapeaux étaient accrochés principalement sur le parcourt bien sur, mais aussi dans les coins où il ne serait pas visible. C’est pas parce qu’il ne passait pas dans une rue qu’il ne fallait pas participer.

    Le parcourt avait été choisi entre autre parce que du début de la grande rue, après la porte de France, jusque la fin de la grand-place la rue était pavée. Dans le nord- pas de calais on aime bien les pavés, ça fait joli, c’est traditionnel. En vrai quand on roule dessus cela beaucoup de bruit, quand il pleut ça glisse mais chut !!! Ne dites rien on vous regarderait de travers.

    Pour les coureurs cyclistes parait il que c’est une épreuve intéressante. Ca, ce doit être comme pour les piqûres, ceux qui en parlent le mieux ce n’est pas ceux qui les subissent. Vous avez déjà roulé à vélo sur une route pavée ? Mal pavée bien sur, car au bout de quelques années de fonctionnement il n’y en a plus beaucoup de bien rangés. Ca vous a plut ? Oui ! Bon ! On n’a pas les mêmes goûts. Parce que pour se casser la figure c’est pas mal !

    Le matin mon père a ouvert la grande porte du garage rangé la voiture dans le fond de la cour, puis a posé des tréteaux sur lesquels il a ensuite mis des grandes planches de bois.

    Pour finir on a déposé dessus des plateaux de fruits, pêches, raisin, poire ainsi qu’une balance. J’ai été chargé de surveiller tout cela et d’appeler si venait un client. J’étais très fier. Je n’aurai pas donné ma place ! J‘ai pas mémoire que les clients se bousculaient, en plus le trottoir a cet endroit est tout petit, cependant à la fin de la journée je crois que tout était vendu ou presque.

    A un moment à grand renfort de trompe, de klaxon, et d’annonces le convois publicitaire est passé, jetant par ci par là des papiers de réclame, certains en forme de chapeau. J’en ai ramassé quelques un puis repris mon poste

    Quelques minutes après, les cyclistes sont passés, à toute vitesse. C’est à peine si on avait le temps de les voir. D’abord quelques un, tout seul, que les gens applaudissaient puis un gros paquet qui a même eu un peu de mal dans le virage plus bas. Ils ne sont pas tombés mais il y a eu beaucoup de cris. Enfin encore quelques isolés mais là les gens ne les applaudissaient pas ! Pourtant ils faisaient la même course que les autres !

    Puis plus rien ! J’ai attendu un peu pour voir s’il y en avait encore, mais non c’était fini !

    Quelques voitures ont suivi mais elles ne distribuaient rien, l’une d’elle s’appelle la voiture balais mais je ne les ai pas vu. Balayer quoi ?

    J’étais un peu déçu ! Tout cette animation, tous ces drapeaux, ces décorations pour seulement voir des groupes de cyclistes passer en trombe. Je veux bien parier que pas un n’a vu que la ville était parée

    A part d’avoir tenu l’étal de fruits la course de vélo ne m’a pas enchanté.

    Les hangars de tôle

    Bizarre la mémoire, c’est comme une grande feuille où l’on a écrit pèle mêle ce dont on voulait ( ?) se souvenir, mais qui a été » plié en tout sens cachant ainsi d’autres événements qui soudain voient le jour. Je suppose que j’aurai encore d’autres « marche arrière » comme celle-ci

     

    J’ai parlé des hangars de tôle situés à gauche allant des écuries et rejoignant presque la maison abandonnée. Ils étaient divisés en quatre parties. Les deux premières mon père se les était réservé pour en faire son atelier de menuiserie. Il travaillait bien le bois. Les deux suivantes servaient de réserve. La troisième partie s’appuyait comme les autres sur le mur de séparation des propriétés mais celle-ci en plus se reposait sur un bâtiment carré qui probablement devait servir de garage aux voitures (à chevaux ?) il n’y avait qu’une porte de l’autre coté il y avait rien.

    Ce garage comportait une fosse, que je n’ai jamais vu utiliser. Dessus de lourds bastaings de bois empêchait l’accès.

    Je devais avoir 4 ans pour prendre la version officielle, mais je pense que c’est avant, je vois soudain mon père aidé d’autres hommes mettre en place les poutres qui serviront de soutien aux tôles. Celles-ci sont stockées entre la « maison aux rats » et les futurs entrepôts. Comment ils ont fait pour les mettre en place ? Cela je ne sais pas, on a probablement du m’expédier ailleurs lors de ce travail. Les tôles sont lourdes et grandes, ils n’avaient pas besoin d’un petit bonhomme dans leurs jambes! 

    C’est suite à ces travaux qu’il a commencé à cimenter une partie de la cour

    Plus tard il achètera des machines-outils pour travailler le bois, après avoir fermé cette partie de hangar à l’aide de porte vitrées qu’il à récupéré je ne sais où.

     

    Leçon de vélo

    Avant mes six j’ai ans du aller chez mes grands parents à Hénin Lietard avec ma grande soeur. Comme d’habitude tout sentait le charbon. Au début ça fait toujours drôle puis un ou deux jours après on n’y pense plus. Cette fois là mon grand père m’a appris à rouler à vélo. Je crois qu’au départ il y avait des roulettes, il a du les démonter, et tenant la selle d’une main il courait derrière. J’étais très content, et nous avons fait plusieurs fois le tour des allées du jardin. J’étais très fier, j’avais l’impression de rouler tout seul ! A un moment il a pris un petit moment de repos pour parler avec mon père puis il m’a dit « allez, garçon, on va refaire un petit tour » Empoignant le dessous de la selle il dit « en avant !tout droit !et regarde bien devant toi !» Debout sur les pédales je me suis mis en route, puis après deux allées il me dit « à droite, jusque l’arbre » Je tourne donc pour rejoindre le gros cognassier, puis de nouveau il me dit « encore à droite, jusque l’atelier, regarde bien devant toi ». Bien droit sur ma selle je fixais bien le chemin comme il venait de le dire, je roulais bien, c’est chouette d’avoir un papi qui tient ton vélo ! Au moins tu es sur de ne pas tomber !

    Presque arrivé devant l’atelier il dit de nouveau « à droite et tout droit ! »

     C’est alors que je l’ai aperçu à l’endroit du départ, il ne m’avait pas suivi ! Du coup j’ai eu peur et je suis tombé ! Ma réaction l’a fait rire !

     « Regarde ce que tu as fait tout seul ! Tu vois ! Maintenant tu peux y arriver! ».

    Un peu vexé d’être tombé et aussi parce qu’il se moquait un peu, je ne savais pas quoi faire. Et puis c’est vrai que j’avais fait tout ce grand parcourt tout seul ! J’hésitais donc à refaire un essais et qu’il se moque de nouveau. Il a du le comprendre car il me dit :

    « Bon c’est pas le tout, on a travail à faire avec ton père, continue tout seul, tu me diras combien de tours tu as fait sans mettre les pieds par terre, ne triches pas, compte bien! »

    Ensuite il est entré dans son atelier et les machines se mirent à ronfler.

     Je ne me souviens plus du détail ni du nombre de tours que j’ai pu faire, mais c’est sur que le soir je savais rouler à vélo tout seul. Et j’étais très fier de mon exploit

    Quand il a cessé le travail j’ai du faire le rapport à mon grand père, il a du dire « c’est bien garçon, continue ! »

    La marchande de bonbon Mme Grignon

    Pour aller à l’école je l’ai déjà dit il suffit de traverser la rue, remonter jusque la banque puis suivre tout droit jusque l’école. Mais on peut aussi traverser la petite place Darnétal (ou la place verte si tu préfères) suivre la route en laissant de côté à gauche d’abord la place de la poste puis l’église St Saulve, la mairie, l’école des filles. C’est le grand bâtiment de briques rouges. Tu tournes à droite et l’école des garçons est en face.

    Note au passage : de la mairie à l’école des filles ce petit bout de rue porte le nom de mon grand père maternel. C’est sympa ! Dommage que je ne l’ai pas connu assez !

    Pourquoi faire ce petit détour ?

    Je ne sais plus à quelle occasion mais j’ai appris que le magasin faisant le coin de la place de la poste vendait des bonbons acidulés, en plus ils étaient de toutes les couleurs. Chez moi aussi il se vendait des bonbons, mais ils n’avaient pas le même goût ! Je pouvais en prendre comme je voulais …. Ou presque … ma mère me surveillait quand même ! Disons que je n’étais pas privé, loin de là ! Mais les bonbons de chez Mme Grignon étaient bien meilleurs !

    A cet age on n’a pas d’argent, c’est normal ! Mais j’avais trouvé une fontaine ! C’est-à-dire la caisse du magasin. Chaque fois que j’en avais l’occasion je chapardais quelques francs pour aller en acheter. Ils se vendaient à la pièce, je crois, 1 centime l’un. A cette époque là un franc avait de la valeur.

    Cette dame fut assez étonnée d’avoir un aussi bon client surtout sachant que j’étais le fils de l’épicerie concurrente un peu plus loin. Je crois qu’une fois elle m’a gentiment demandé de où j’avais tant de sous ! Je devais avoir une grosse tirelire ! Mes explications n’ont pas du la convaincre beaucoup. Elle m’a donné les bonbons comme d’habitude. Ensuite, elle a été voir ma mère pour lui dire qu’elle avait un petit client un peu bizarre !

    Quand je suis rentré chez moi ma mère m’a attrapé et m’a demandé des explications. Bon, je n’étais pas très à l’aise et j’ai du lui avouer que je volais de l’argent dans la caisse. J’ai eu le droit à plusieurs explications, la valeur de l’argent, la valeur du travail pour l’avoir, etc. ..

    Elle me fit promettre de ne plus le faire. L’affaire était classée ! Ouf ! Heureusement que mon père ne l’a pas su ! Il aurait commencé par faire parler le martinet en premier ! Au final je ne m’en étais pas trop mal tiré. Par la suite ma mère me donnait de temps en temps quelques centimes pour aller acheter ces fameux bonbons. Elle n’en a jamais commandé pour le magasin. S’il y en avait eu c’est sur qu’ils auraient perdu leur goût exotique.

    Merci Mme Grignon tu m’as évité de prendre de mauvaises habitudes !

    Les camions

    Pour augmenter le commerce mon père faisait des livraisons en ville à la demande des clientes, oui je le mets au féminin car les hommes venaient très rarement faire les courses. Le plus souvent quand ils venaient c’était pour le vin. Nous vendions de façon exclusive une grande marque de vin. S’ils recevaient ou voulaient faire un repas particulier ils venaient en parler avec mon père qui s’était spécialisé dans cette vente. Le choix d’un vin est quelque chose de très délicat. Il faut d’abord connaître le menu afin de marier au mieux le vin au repas, ce qui se solde par de longs palabres et quelques dégustations. Je n’y ai jamais eu droit ! Trop jeune !

    Bien, mon père s’était mis dans la tête d’étendre la distribution aux villages environnants. Pour cela il lui fallait un nouveau camion, mais les modèles qu’il avait vus ne lui convenaient pas. Il résolu donc d’acheter le tracteur et le plateau et de fabriquer lui-même la caisse de façon d’obtenir ce qu’il voulait.

    Il a donc fait les plans, les schémas de découpe pour réaliser cette caisse. Il a du avoir quelques difficultés pour que ma mère soit d’accord. Donc il commença par faire un prototype en utilisant la vielle camionnette. Il démonta la caisse arrière et en bois en refit une neuve en lui incluant des rayonnages et des bacs afin d’avoir quelque chose de pratique.

    Ma cabane au Canada  

    La vieille caisse fut posée en bordure de la cour, rapidement elle m’a intéressée. Une cabane super ! Je jouais déjà aux indiens, c’était un lieu très intéressant pour y ranger mes plumes et tout mes gadgets. Mon père me la « donna » j’étais bien content, et en plus dedans il ne pleuvait pas ! On l’appela la « cabane au canada »

    Makiès ou moi dans la marine

    Pour réaliser son projet « entre deux » il embaucha un ouvrier qui savait travailler le bois. Cet homme, encore un grand et mince, parlant pas trop mal le français avec un accent très doux, c’était un allemand resté sur place après la fin de la guerre. Blond presque blanc, les yeux clairs, il était très gentil et s’entendait bien avec mon père. Il devait être menuisier avant car il savait comprendre les plans de découpe, choisir les planches selon leur fil, enfin toutes les petites choses qui distinguent les gens de métier des bricoleurs

    Tout aurait pu être dans le meilleur des mondes mais devines où était cet allemand durant la guerre ?

     

     Pas d’idée ? T’as pas un doute ?

     

    Eh si ! Lui aussi …… dans la marine !

    Alors je ne te fais pas de dessin ! « C’est nous les gars de la marine …. » tralalalal lala lère ! Tu peux mettre le disque en route ! Quoique avec eux, il ne fallait pas secouer beaucoup pour le relancer. Un in rayable en plus !

    Et comme ce n’était pas suffisant, M Makiès était dans les sous-marins allemands, et passons que mon père durant sa campagne de guerre en chine a remonté le Yanzi. Chut ! Sinon il va penser que tu fais allusion aux marins d’eau douce ! Et eux ce n’est pas des copains !

    Je ne te fais pas dire que dans la marine française c’était mieux que dans la marine allemande et que les meilleurs étaient les sous mariniers allemands. Ou le contraire si tu veux ! De toute façon c’était à savoir lequel vanterait le plus son Arme, au point que par moment l’un et l’autre devait broder un peu. Oui !parce que plus, plus, plus,  au bout d’un moment ça fait beaucoup quand même !

    L’un comme l’autre franc, droit, honnête ils s’estimaient beaucoup. Quand fatigués du travail ils se chamaillaient ainsi, il n’aurait pas fallu te prendre l’idée d’aller t’immiscer dans leur bavardage même s’il semblait vif, tu les aurais eu sur le dos, tous les deux, comme un seul homme !

    Marine ou pas le premier modèle fut terminé et très, très fier mon père a fait ses tournées avec sa nouvelle camionnette. C’est vrai qu’elle était jolie, et il n’y en avait qu’une comme cela ! Il a eu du succès et ma mère a été d’accord pour le camion.

    Du moins je crois que cela s’est passé comme ça.

    Quelques temps après est arrivé le tracteur et « les gars de la marine » se sont lancés dans la version bis, mais en beaucoup plus grand ! L’œuvre achevée, le camion fut baptisé ! On a bu du champagne, moi aussi ! C’est ma grande sœur qui a cassé la bouteille, très contente de jouer ce rôle. M Makiès était avec nous bien sur ! Ce beau camion a pas mal roulé, je ne sais pas ce qu’il est devenu après que ma mère ait tout vendu une bonne dizaine années après.

    D’autre camion ont été acheté par la suite mais ils n’ont eu le droit qu’à de simple rayonnage et des caisses de rangement

    Au début ce démarchage était assez compliqué. Un représentant passait dans les villages selon un itinéraire précis, prenait les commandes chez les gens. Le lendemain des employés rangeaient dans l’ordre inverse les dites commandes. Le tout étant chargé dans le camion en attente et le lendemain un autre employé, chauffeur, allait livrer les marchandises et encaisser. Ce système un peu lourd permettait d’éliminer les tentations de vols ou de détournement, mais employait beaucoup de monde. Par la suite ma mère supprimera cette façon de faire mais déplorera les indélicatesses de certains chauffeurs-livreurs. Difficile de tout avoir pour le même prix.

    Abattre les anciens entrepôts et une partie de la maison

    Plusieurs fois des messieurs sont venus chez nous avec des plans et dans la cour faisaient de grands gestes, ma mère et ma grand-mère n’étaient pas du tout d’accord avec eux ! Mais content ou pas il fallait faire comme ils disaient, ils argumentaient entre autre des problèmes de sécurité et aussi cela serait remboursé par les« dommages de guerre ». Je ne comprenais pas tout ce qu’ils disaient mais j’avais compris qu’ils voulaient que l’on casse notre maison. Presque toute l’aile intérieure de la maison aller y passer ! Les deux entrepôts la pièce d’entrée et la cuisine. Les chambres qui se trouvaient au dessus faisaient partie du lot aussi, forcément ! Ils n’ont épargnés que le fond des entrepôts avec le petit escalier qui permettait de monter au grenier par le coté « bonnes » et la pièce où se conservait les noix et les amandes. Ce coin deviendra mon domaine, privé ! J’expliquerai plus loin.

    La toiture fut d’abord démontée Les ardoises ont due être jetées dans le trou. Puis toutes les poutres de la toiture, les chevrons furent descendus et rangés sur la partie restée valide, à la fin cela faisait un gros tas de bois. Une partie a servi de bois de chauffage. Armée d’une petite hache que je m’étais faite avec un gros bout de tôle, j’entrepris de couper les bois. Les chevrons ne résistaient pas de trop mais les grosses poutres de chêne refusaient de se laisser entamer.

    Ensuite sont venus les maçons, J’étais sidéré de voir avec quelle facilité ils faisaient tomber un mur. Un bastaing par terre, un autre bout sur le mur, et enfin un en biais venant s’appuyer contre ce bout avec un cric à ses pieds. Quelques tours de manivelle, le mur se lézardait, penchait vers l’extérieur et s’effondrait dans un bruit sourd en jetant de la poussière partout. Si par hasard un morceau était récalcitrant, à l’aide de masses ils frappaient la base du mur, cela ne durait pas longtemps. Une fois qu’ils en avait fait tombé assez à leur goût, ils arrêtaient et à l’aide de pelle déblayaient le terrain. Avec le trou à  côté ils n’avaient pas loin à aller !

    Arrivé en bas ils finissaient à coup de masse

    Avant cette destruction il avait fallu transformer notre partie d’habitation. Le couloir fut transformé en cuisine, il y avait juste de quoi passer et coller l’ameublement contre le mur, avec des placards à portes coulissantes, obligé ! La partie coudée du couloir fut transformée en salle de bain. La seule chambre qui restait de cette partie était celle de ma grande sœur. Elle fut transformée en salle à manger. Ma chambre faisait partie de la partie à abattre. La pièce vide à coté de la chambre de mes parents fut coupée en deux par une cloison de bois

    A l’entrée ce fut celle de ma petite sœur et la suivante la mienne. Mais en écrivant cela, je me demande où dormait ma grande sœur. Elle était peut-être encore pensionnaire à l’école d’Arras ? Ou dormait dans la même chambre que ma petite sœur ?

    A l’époque de ces travaux on mangeait chez ma grand-mère, dans sa cuisine qui plus tard sera ma chambre. Bien que je me demande si je n’ai pas d’abord couché chez ma grand-mère puis pris possession de l’autre chambre après le mariage de ma sœur, puis de nouveau couché chez ma grand-mère. Des images se croisent mais ne s’accordent pas pour entrer dans la chronologie.

    Les nouveaux hangars

    Les anciens dépôts étant devenus inutilisables il a fallu reconstruire quelque chose pour les remplacer, alors mon père s’est lancé dans la construction d’un grand auvent s’appuyant sur la partie restante de la maison, une partie était en tôle ondulée style fibrociment et une partie était de chevron couverts de planchettes de récupération d’emballage sur lesquelles étaient fixé du carton bitumé à l’aide de lames de bois. Un petit chalet préfabriqué fut acheté pour servir de bureau. La couverture de carton bitumé dépassait la « maison des rats ». Cette partie était importante pour moi

    Quand je faisais une bêtise et que mon père rugissait qu’il allait me coller une volée, alors lestement je grimpais sur ces toits et rapidement je rejoignais cette partie fragile. Là j’étais en sécurité, personne n’osait s’y aventurer, même lui !

     J’avais plusieurs refuges. Ces toits en passant par la fenêtre face aux chambres ou en grimpant sur les renforts de maçonnerie, ou bien le toit de tôle rouillée au dessus de l’atelier. Il était facile d’y monter à partir de la porte du garage inutile. En cas d’extrême urgence il fallait sauter du haut de ces tôles pour rejoindre mon domaine. Au bout il y avait bien le « pigeonnier » et une possible descente à la corde dans l’ancienne écurie mais cette pièce au plancher pourri abritait surtout des chats sauvages qui me faisaient peur, alors je ne l’utilisais pas beaucoup.

    Restait « mon domaine » là j’y rangeais tous mes trésors, plumes, arc, flèches, lances, habits d’indien, enfin tout ce que je fabriquais moi-même pour aller vers mon imaginaire indien américain. Cette pièce au début était accessible par un petit escalier, dedans un gros appareil de levage et une poulie permettait d’y monter des charges, donc un bon câble qui permettait aussi de descendre en vitesse. Mon père m’ayant un jour fait la course, encore une bêtise sans aucun doute, je n’avais eu que le temps de fuir par la corde, lui ralenti par l’escalier branlant n’a pas eu le temps de m’attraper, j’ai donc trouvé refuge sur les planchettes et attendu que l’orage passe !

    Delà, les jours suivants je me suis ingénié à faire tomber cet escalier qui fini par terre. De quelques coups de pied de biche je me suis assuré qu’il ne soit pas remonté. Le câble était le seul moyen de monter ou de descendre, mais une fois à l’étage je prenais soin de remonter la corde ainsi personne ne pouvait m’atteindre, ou bien il fallait aller chercher la grande échelle. Dans ce cas j’avais le temps de voir venir ! Je n’étais pas gros mais très vif ! Turbulent aussi !

    Grimper à la corde n’était pas un problème cela faisait déjà longtemps que je le faisais. Mon père était sportif il avait installé dans la cour à 5 ou 6 m de hauteur une barre de fer sur laquelle était soudé des « queues de cochon » deux pour les anneaux, deux pour le trapèze, un pour la corde lisse et deux pour la balançoire, ça c’était pour les filles.

    Donc j’avais l’habitude de grimper, il avait été le premier à m’apprendre, de même pour le trapèze et les anneaux. Comme ces derniers étaient un peu hauts pour moi, j’avais simplifié en montant d’abord à la corde et delà je passais sur les agrès. Je peux dire que j’avais de l’entraînement. De la barre métallique on pouvait passer sur le toit du faux garage mais en fait ce n’était pas le côté le plus pratique, ni le plus rapide !

    Dans ma nouvelle chambre il a eu aussi l’idée de ma mettre un trapèze et un corde. Le plafond devait avoir 3,50 ou 4 m de haut. L’idée peut sembler saugrenue et ma mère comme ma grand-mère ne se sont pas fait prier pour le dire ! Mais tout compte fait j’ai trouvé cela très intéressant, la traverse de bois étant à environ 50 cm sous le plafond.

    Tu devines pourquoi ? Ben oui ! Toujours pour les cas d’urgence ! Je grimpais rapidement à la corde, me couchais sur la poutre, remontais à moi les cordages. Là j’étais en sécurité personne ne pouvais m’attraper. Une engueulade ça chauffe les oreilles mais ça ne fait pas de mal aux fesses !

     Une fois je ne sais plus qui, a été chercher l’escabeau pour essayer de me prendre, mais il était trop court ! Hihi ! Et puis tu as déjà grimpé en haut d’un escabeau pour essayer d’attraper un sale mioche, tout en ayant peur de le faire tomber ?

    De toute façon s’il y avait eu le risque de me faire prendre je me serais laissé glisser en sautant sur le lit et filer par les portes puis sur les toits. N’aie pas d’inquiétude j’avais fait des essais, les ressorts du lit n’ont peut être pas appréciés, quoique je n’étais pas lourd, mais c’était sans problème !

    Le grenier de mamy

    Les greniers, aussi vaste que la maison, étaient en somme le deuxième étage. Avant la démolition on pouvait y accéder par le fond du couloir ou en prenant le petit escalier que j’ai cassé. Cette partie n’avait rien d’intéressant. Il y avait bien par ci par là quelques objets oubliés mais ils n’avaient pas d’attrait pour moi. Souvent j’y montait avec Maximiliène pour « l’aider » à accrocher du linge. La partie donnant sur la rue servait surtout à cela. Elle avait trois grandes fenêtres ainsi la pièce était bien éclairée. Il y avait bien une ampoule électrique palote tenue haut dans les poutres mais elle ne servait qu’en hiver. Venant du fond en direction de rue dans cette très grande salle il y avait une porte à droite. C’était le grenier de mamy. La caverne d’Ali Baba ! La porte était toujours fermée mais entre les planches disjointes il était possible de deviner les trésors

    Je les devinais d’autant mieux que j’étais déjà allé plusieurs fois dans cette partie du grenier. Une fois monté l’escalier, celui où mon grand père est tombé, un petit palier et le retour de la seconde volée de marches pour déboucher sur une salle assez grande mais à peine le tiers de celle de l’autre côté, et sur la droite deux portes donnant sur deux petites chambres mansardées. La première c’était les réserves « secrètes » de ma grand-mère, pas grand chose pour moi, quelques malles avec des vieux  habits de femme, une avec des provisions ! Oui ! Des biscuits, des boites de conserves et même du chocolat ! (Immangeable, trop vieux !) Si les Hulans revenaient au moins il y avait quelques réserves ! C’était la hantise de mon aïeule ! Si les Prussiens nous refaisaient la guerre ! C’était en référence de la guerre de 1870 ! Pas toutes fraîche celle-là, mais il y avait eu celle de 14-18 et la dernière qui venait de finir. Je me demande ce qu’elle pouvait en retenir, non pas des deux dernières mais celle de 70. On était en 1950 cela faisait donc 80 ans que l’histoire s’était passée. Ma grand-mère était âgée mais pas à ce point ! Elle ne devait pas être née, elle en avait donc seulement entendu parler, par ses parents, sans doute, ou le voisinage. Ah les Hulans ! Ces cuirassiers avaient du faire bien des ravages. Enfin avec le temps j’ai quelques doutes. Qu’ils aient été de solides soldats, cela est sur, disciplinés aussi, alors leurs exactions supposées, bien que possibles, me paraissent plutôt de bonnes excuses pour expliquer des amours que l’on ne veut avouer, les naissances qui ont du suivre. Il est vrai aussi qu’à ces époques les femmes faisaient partie du « tribu de guerre » et que l’on ne devait pas beaucoup reprocher aux soldats d’en bousculer quelques unes. T’as entendu parler du repos du guerrier ?

    Bon !  Le grenier ! La deuxième chambrette était remplie des objets ayant appartenue à mon grand père. Une malle était pleine de partitions écrites à la main ou imprimées. Il y avait aussi quelques instruments de musique, des pendules et des vieux réveils.

     les cartes postales

    Dans la partie libre plein de choses étaient entreposées, dans des sacs de jutes ou de toiles, dans des tonneaux ayant contenus de la choucroute, des malles et mallettes aussi étaient entassées les unes sur les autres. Les tonneaux m’ont intéressé car ils étaient pleins de cartes postales venant d’un peu partout, des Dardanelles en particulier. Dans l’un d’eux il n’y avait que des cartes « de soldat » au dessins plus ou moins jolis, elle étaient toutes écrites en code. Mais en code tout simple A=1 b=2 etc. Ce n’était pas bien difficile à lire, mais pas intéressant, seulement les lettres d’amour de ma grand-mère et mon grand père quand il avait été envoyé en Grèce et en Macédonie

    Par contre l’autre tonneau me plaisait beaucoup. Des centaines de cartes avec dessus les photos des lieux, villes, ponts monuments, bâtiments, etc. Il y avait assez de double pour les ranger par sortes différentes, les ponts ensembles, tel type de bâtiment, mais aussi par ville ou par pays. Ce qui était écrit au dos m’importait peu. Au début ma grand-mère n’aimait pas que je farfouille dans ses souvenirs mais après la démolition elle me donna les cartes postales et plusieurs albums de photos vides pour les ranger.

    La « gazette »

     J’ai trouvé aussi dans ce capharnaüm un trésor ! Pas d’argent, bien sur, cela ne m’a jamais intéressé, mais des livres. Cinq  (ou six) livres. C’était « La gazette » des années 1870-1875. Ces journaux avaient été reliés et agrémenté d’une couverture cartonnée. Ils étaient un peu fatigués, mais cela n’avait pas d’importance. Dedans j’y trouvais les histoire de Félix le chat, un sale chat astucieux, les aventure des pieds nickelés (le début de cette BD peut-être), les aventures de Bibi Fricotin encore un sale morveux faisant des niches à ces balourds de Hulans, qui forcément  tombaient à chaque fois dans le piège.

    Les dessins, dans un cadre carré, s’alignaient sur la page et le texte se trouvait en dessous. Il n’y avait pas bulles. Ca c’était le côté récréation car dans La gazette il y avait aussi les grandes nouvelles de l’époque.

    Le siège de Paris par les Prussien, le prix des rats et des souris (à Paris c’était le siège et donc la famine) mais surtout tous les deux numéros les nouvelles des guerres indiennes. C’était l’actualité de l’époque ! Siting Bull, Crazy Horse, Jéronimo et bien d’autres. Je ne lisais pas ces pages, je les buvais et les rebuvais. Bien sur c’était vu coté blanc et les indiens avaient toujours tort, tellement certains textes sentaient l’injustice ! Et pourtant je n’étais pas grand pour m’en rendre compte ! C’est peu dire qu’ils en puaient !

    J’ai passé de nombreuses heures à ces lectures dans ce petit coin de grenier qui avec le temps deviendra mon coin préféré, mon deuxième domaine. Dans cette partie il y avait une fenêtre et de la lumière. Au début j’avais du mal à accéder à cette fenêtre pour regarder dehors, quelques cageots d’oranges vides firent l’affaire. Ces emballage me servaient à tout, table ; meuble de rangement (pour mettre les albums de photos) et les livres ou revues que j’achetais chaque semaine ou presque. Mais là je demandais l’argent à ma mère !

    Donc perché sur deux cageots en me penchant un peu à l’extérieur je pouvais admirer la partie des remparts en face, et le soit quand la nuit tombait il était possible de voir les lumières des phares de Berck et du Touquet toutes deux distante d’environ 15 km à vol d’oiseau.

    Il y avait aussi le coin réveil. Oui ! bien sur ! Ceux que j’ai parlés plus haut

    Nous reviendrons dans « mon grenier » plus tard vu que j’y ai passé beaucoup de temps et que c’était mon coin, le mien et à personne d’autre !

    Si tu penses que j’avais de la chance, nous sommes bien d’accord ! Car je savais bien, pour aller chez eux, que mes petits copains d’école n’avaient pas tout cela. Le fils du facteur par exemple vivait dans une petite maison sur la place de la poste. Ils étaient plus nombreux que chez moi, dans mon coin de grenier ils auraient fait facilement 2 chambres. Je n’ai pas souvenir qu’ils aient été nombreux à venir chez moi. Plus tard deux ou trois pas plus. On préférait, de loin, se rencontrer et jouer dans les remparts, les glacis, et partout où c’était un peu interdit !

    Jiky

    Il a du arriver bien avant mes huit ans mais je ne sais plus quand. Qui était Jiky ? Mon premier chien ! J’avais une trouille bleue des chiens, petits ou gros, j’en avais peur. Mon père décida donc d’en acheter un pour que je m’acclimate à eux. Je sais encore que, nous l’avons eu tout petit, il était marron clair et plus grand  il était blanc avec plein de taches rousses, des oreilles tombantes. C’était un épagneul breton, un bon chien de chasse, mais lui, quand il entendait un coup de fusil il allait se cacher sous les sacs de café dans la réserve à coté du faux garage, et tu ne le voyais plus de la journée. Quand j’allais le rejoindre dans sa cachette il était tout tremblant ! A force de lui parler et de le caresser il revenait avec moi. Il venait aussi avec nous quand nous allions dans les remparts . Il avait sa niche mais je crois que j’étais plus souvent dedans que lui. Il m’accompagnait à l’école et parfois venait me rechercher. Il avait du apprendre l’heure ! il n’avait pas trop de mal à se sauver vu que la grand porte était souvent ouverte. Il marchait bien tranquillement mais dès qu’il me voyait il s’élançait comme une flèche pour me rejoindre. Une fois arrivé à ma hauteur il me faisait la fête comme s’il ne m’avait pas vu depuis plusieurs jours !

    beefsteak,

    Une fois dans la cuisine du bas, il était allongé à terre, près du feu, mon père venait de se faire un bon petit beefsteak, et allait le manger quand il fut dérangé, il posa donc l’assiette dans le four de la cuisinière mais oublia d’en fermer la porte. Un minute après il revint et quand il reprit l’assiette elle était vide ! J’avais bien entendu un « Glup ! » mais je n’avais pas fait attention. Jiky était toujours allongé à la même place !

    « Mon beefsteak ! Où est il passé ? » il était perplexe devant son plat vide. « C’est toi qui …? » « Moi ! je n’ai pas bougé ! » je devais être en train de lire (les livres d’école) « alors il reste qu’un coupable ! où est le martinet ? je vais lui apprendre de me voler mon beefsteak !». Il était vraiment en colère ! Surtout que celui-ci tout en se levant se léchait les babines comme s’il disait « oui, très bon ! »

     Prenant le chien par la peau du dos il le colla dehors avec quelques coups de pieds dans l’arrière train.

    Comme si que j’allais lui dire que j’avais caché le martinet quelques jours avant. Il n’était pas loin, coincé entre les lamelles de la table en dessous du plateau. Dans les jours calmes je le ressortais pour faire voir qu’il existait toujours et que ce n’était pas la peine d’en racheter un autre, mais au moindre nuage je le remettais à l’ombre. Cette cachette à mise longtemps avant d’être éventée.

    Ce chien était cependant un bon gardien et même un bon chasseur car parfois très fier il nous rapportait des gros rats qu’il avait occis, le chat en faisait de même avec les souris !

    Une fois en venant me rechercher à l’école il s’est ouvert les flanc sur une tige de fer qui dépassait d’un mur. On ne l’a pas vu tout de suite.

    Il était retourné à la maison et s’était réfugié dans la petite pièce en dessous de mon « domaine » extérieur, là où il y avait les cartons. On a été plusieurs jour sans le voir, ce qui a fini par nous inquiéter. Il lui arrivait bien d’aller rouler dieux sait où ! Revenant tout crotté et sale mais le lendemain il était là à la porte en attendant l’ouverture. Cela lui valait en général le bain et le DTT !

    Quand je l’ai retrouvé, il ne m’a pas fait la fête et même il grognait pour pas que je le dérange. J’ai donc couru dire à ma mère que je l’avais retrouvé mais qu’il était un peu méchant. Surprise de cette attitude elle est donc venue le voir, et c’est là qu’elle a découvert sa blessure. Tout le coté gauche arraché et plus ou moins bien recollé, que le chien léchait consciencieusement. Elle a donc appelé mon père et le vétérinaire.

    Dans le bureau on dégagea une table pour mettre Jiky dessus. Quand le véto est arrivé il a regardé la plaie et nous a dit que ce n’était pas très grave. Je crois qu’il lui a fait une piqûre de quelque chose, puis a caressé le chien d’une main en lui parlant et de l’autre détachait la peau de la chair. Quand il en a eu séparé assez pour bien la prendre dans la main d’un coup sec il a tiré dessus pour la déplier. Jiky a à peine bougé avec un cri comme pour dire « aie ! ». Le vétérinaire à ensuite nettoyé la peau et la chair avec un produit coloré puis a remis tout cela sa place. Ensuite il a sorti une grande aiguille courbe et à recousu les cuirs ensembles tout en expliquant que le chien sentait bien quand il passait l’aiguille, mais comme il n’en rajoutait pas il donnait l’impression de ne rien sentir – leçon pas oubliée !- Il nous a expliqué plein de choses et répondait aux questions angoissée de ma mère. Le plus compliqué a été de mettre une bande au chien, pour qu’il ne lèche plus sa plaie. Avec de vieilles couvertures on lui installa un coin dans le hangar à côté du bureau.

    Il était presque guéri quand il fut empoisonné par des maraudeurs qu’il empêchait de venir de nuit dans la cour par les murs du fond. Tout au moins c’est ce que ma mère à toujours été persuadée. 1952

    Après il y en a eu d’autres mais ils ne pouvaient pas valoir celui là

     

    October 21

    souvenirs d'enfance 7)

    7 ans

    L’année suivante donc 7 ans c’est le trou ? En principe à l’école j’ai du allé dans la classe au fond du couloir du premier étage. Aucun souvenir !

    Seulement le noël, on avait commencé la décoration d’un sapin dans la salle, c'est-à-dire la pièce se trouvant entre la cuisine et le magasin en passant par le couloir qui desservait ces trois lieux, et je ne sais pourquoi, peut être qu’il y faisait froid où un problème électrique, les installations de l’époque n’étaient pas fameuses, bref, le sapin a été transféré dans la cuisine proche du couloir. La décoration du sapin nous a occupé un temps, il n’y avait pas de guirlandes toutes faites, donc à l’aide de papiers de couleur, de feuilles d’aluminium venant des plaques de chocolat, force de découpe et de tressage on fini par décorer ce sapin de bonne taille (vers les 2m- 2,50m) plus y ajouter les supports de bougie afin de l’illuminer au bon moment. L’escabeau était nécessaire pour grimper au sommet de cet arbre. Je suis pas sur, mais il me semble que nous avons été à la messe de minuit avant que ne passe ce Fameux Père Noël. J’y ai trouvé un train mécanique qui tournait en rond sur ses rails, ou peut-être faisait-il un huit, et autre chose dont je ne me souviens pas mais dont je sais avoir joué longtemps avec, alors que le train fut relégué assez vite dans un coin, par manque d’intérêt. Monter le circuit oui, mais ensuite le voir tourner en rond manquait complètement d’attrait. Mes sœurs ont probablement reçu des poupées

    C’est bizarre la mémoire je me souviens d’une chose sans intérêt, le train, et je ne sais plus ce avec quoi j’ai joué longtemps ??

    8 ans

    Autant l’année précédente est vide que celle-ci est pleine, après un temps de latence c’est la profusion, je ne sais pas si j’arriverai à mettre tout bien en ordre

    Peu importe si ce n’est pas chronologique d’ailleurs des choses ont duré très longtemps alors les placer qu’à un endroit n’a pas de sens.

    Mr. Oech

    Je commencerai par rendre hommage à un homme dont la gentillesse m’a toujours soutenu. Il s’appelait Mr. Oech. Il devait probablement avoir une petite quarantaine d’année, mince, le visage souriant, si je n’avais eu que des instits ou des profs comme lui aujourd’hui je serais savant ! Avec lui j’étais bien, je suis sur que j’apprenais bien. Ce n’est pas que je ne faisais pas de fautes d’orthographes ! J’en fais toujours d’ailleurs !  Moins avec les correcteurs intégrés !! Parce que les accents par exemple ; ils tombent comme ils peuvent, si c’est bien tant mieux sinon tant pis pour eux, et c’est bien le dernier de mes soucis. Donc avec cet instituteur j’ai fais des progrès, je me souviens bien des cours de français et des fautes d’inattention que je faisais (en gros bien sur) Une fois il m’a dit « dommage que tu ne fais pas attention tu fais plein de ‘petites’ fautes mais quand il y a des mots compliqués ou rares là tu ne fait jamais de faute, fait plus attention » Il y avait plein de gentillesse dans ce reproche. Il devait être patient, comme mon grand père maternel. J’écrivais de la main gauche, naturellement, étant gaucher et cela ne l’a jamais dérangé. Je ne me souviens pas de ses autres cours, tels les math, l’histoire et la géo, cela doit venir qu’ils ne me posaient aucun problème. J’aimais déjà l’Histoire avec un grand H celle des romains en particulier

    Cette année là il a fait très froid l’hiver. Dès la mie novembre il gelait déjà suffisamment pour que l’on puisse faire des glissades. Donc on s’y adonnait à cœur joie pendant les récréations. On allait chercher de l’eau dans les toilettes pour améliorer notre patinoire ! Une seule fois Mr. Oech nous a interdit de glisser en disant que c’était dangereux. Peut-être que ce jour là nous y faisions trop les fous. Les jours suivants il nous a laissé faire, sans doute étions nous plus calme de peur qu’il nous ré interdise de glisser. Les vacances de Noël sont arrivées. A notre retour, couverte de neige notre patinoire était toujours en place, nous l’avons dégagée, à la main bien sur ! Bonjour les piquettes ! et remise en action. Mr. Oech nous a fait quelques recommandations puis nous a laissé jouer.

     De cet homme là je n’ai que de bon souvenir !

    Ce n’est pas le cas du boule dogue d’une classe suivante. Ce tortionnaire, à la tête enfoncée dans les épaules, et ayant le charme de ces gros chiens au nez écrasé, n’admettait pas que j’écrive de la main gauche parce que l’écriture était inversée. Un droitier penche en général son écriture vers la droite donc moi vers la gauche et en plus ! oh le drame ! les pleins et les déliés étaient eux aussi inversés. Tu ne sais pas ce que sont les pleins et les déliés ? Bénit les stylos billes ! C’est vrai qu’une belle écriture, régulière, avec ces pleins et déliés ça fait joli. Mais c’est pas une raison pour me foutre des coups de règle sur les doigts de la main gauche quand j’oubliais d’user de la droite. Sauvage ! Grosse brute ! Tortionnaire ! Sale bête ! C’est facile de frapper un petit ! Bon autant j’ai toujours adoré Mr. Oech que j’ai haï cette brute épaisse ! Pas digne d’être instist !

    En plus avec la main droite j’écrivais lentement et très mal, et il me recollait des coup de règle parce qu’il y avait des « pâtés ». J’ai pas du terminer l’année avec anti-thèse de l’éducation nationale.

    Au printemps, je crois, devant nos yeux ébahis, cloué sur la porte d’une remise, donnant sur la cour d’école, un serpent se débattait. Il mesurait presque un mètre de long ! De plus Mr. Oech lui avait ouvert le ventre pour que l’on puisse voir ce qu’il y avait dedans. Il nous avait aussi expliqué que ses mouvements n’étaient que des réactions nerveuses, et qu’il était bien mort. Il s’est bien agité deux ou trois jours. Bien mort ! J’ai quelques doutes ! Mais on sortait de la guerre et les gens ne s’émouvaient pas pour si peu, en plus c’était un serpent ! Oui, un serpent comme celui qui avait donné une pomme à cette bécasse d’Eve ! Alors qu’il crève en un ou plusieurs jours personne n’allait s’apitoyer sur son sort ! Les seuls parents d’élève qui sont venu voir ont surtout regardé si les clous tenaient bien !

    Le trou

    Le grand événement de cette année là c’est l’effondrement de la cour de la maison et cela affectera toute notre vie en changeant bien des choses

    Une cour qui d’effondre ? eh ! oui ! hier on avait une belle cour, il y avait même quelques bordures de fleurs ! et le lendemain matin c’était un grand trou, comme un gigantesque entonnoir.

    Pendant la nuit mon père, moi y compris nous avions entendu comme gros « vloum ! » sourd, puis plus rien. Pensant à un rôdeur, mon père à ouvert la fenêtre et a regardé dehors, je devrais plutôt dire a écouté mais plus rien, plus aucun bruit. Au bout d’un moment il l’a refermée puis est allé dormir.

    Ce n’est que le lendemain, après avoir pris le petit déjeuné que l’on a vu l’étendu des dégâts. D’un diamètre d’environ 10m et d’une profondeur de 6 à 7 m il y avait un grand trou conique à la place de notre cour. Par chance il s’est effondré au début la nuit (oui, sinon je ne l’aurai pas entendu) et il n’y avait personne dans la cour.

    Que s’est il passé ? Rien de plus simple, Montreuil est une colline qui fut jadis balayée par les flots de la mer, il y a très longtemps, et par endroit il y a des dépôts de sable. En temps normal cela ne pose pas de problème, nos ancêtres ont appris a faire avec, seulement durant la guerre les allemands ont occupés la ville et dans les glacis sous la poterne (voir les photos ‘la poterne’ et ‘les glacis’ ils ont eu l’idée de creuser un souterrain pour y installer un hôpital, à l’abri d’éventuelles bombes. Souhait louable, jusque là ça va ! Là où ça ce gâte c’est qu’un ingénieur pas ingénieux à reçu un beau plan pour faire un souterrain bien au carré.

    Donc « 80 m tout droit » : Oui  chef ! 80 m tout droit !

    « on tourne à 90° à droite » Tourne à droite 90° oui ! chef !

    « Tout droit sur 100m » Oui chef !  chef y a un problème ! Y a du sable qui coule !

    «  100m tout droit ! Creuse ! »  Oui chef !

    et ils ont creusé, ah ça ! Ils ont bien creusé jusqu'à ce que la poche de sable ne les empêche plus d’avancer !  Ils en ont rempli des douves sèches un peu plus loin

    Cette poche donne pour bien faire à peu près au centre de l’axe le plus profond du tunnel au bout duquel il ont fait de nouveau un quart de tour à droite pour retourner dehors, ce qui fait un grand U bien au carré . Ce U a été coupé par un autre axe à environ 30m des entrées. A chaque coin de très grandes salles, l’une d’elle aurait été la salle d’opération, et entre les deux, des salles assez petites pouvant accueillir des lits superposés (3) de part et d’autre de l’entrée. Au centre une pièce assez grande dont les fissures laissaient passer du sable. Nous l’appelions « la plage »

    Donc cette poche qu’ils ont partiellement vidée abouti 300m plus loin chez nous !

    Le trou nous a servi longtemps de poubelle, et quand il trouvait mon père y faisait décharger terres et gravats.

    L’ennui c’est que les dégâts ne s’arrête pas là, la poche étant assez large les bâtiments alentour furent réputé dangereux et mes parents reçurent l’ordre de les faire abattre.

    Gisele et le DTT

     Une amie de ma mère est venue chez nous pendant quelques jours. Une femme forte, blonde et blanche de peau. Je ne sais pourquoi mais elle ne semblait pas beaucoup plaire à mon père et à ma grande mère. Pour une fois ils étaient d’accord sur quelque chose.

    L’année passée, je crois, mon père avait construit une salle de bain dans la réserve jouxtant la grande pièce d’entrée, avec son grand escalier (celui où j’avais pris une volée de martinet). A gauche une porte donnait sur les dépôts un peu au centre du mur. Il a percé une autre porte près du mur extérieur, ainsi qu’une fenêtre dans celui-ci. J’ai plus de gros souvenirs de ceci mais juste des panneaux isolants fait de bois pressé et collé. Dans le floue je vois encore le montage de la baignoire et du lavabo. Il n’y avait pas de douche, c’était pas encore la mode ! Un réchaud au gaz donnait l’eau chaude ! Presque une révolution ! Un rayonnage pour mettre les serviettes de bain. Le luxe quoi ! Rapidement tout les espaces vides furent remplis de savons, tubes de crème, flacon de shampoing, talc, peignes, brosses etc. enfin tout ce que l’on peut normalement trouver dans une salle de bain multiplié par le nombre d’utilisateurs ! Même ma grand-mère l’utilisait ! Bien qu’au début elle trouvait cette idée idiote et inutile. Une salle de bain pourquoi faire ? un tub faisait très bien l’affaire (de temps en temps mais pas trop souvent !) C’était bien encore une idée étrange de son beau fils !

    Donc Gisèle dite « la parisienne » un jour alla prendre un bain. Jusque là pas de problème, après s’être prélassée dans l’eau, savonnée, shampooingnée et tout et tout, elle s’est essuyée comme nous le faisons tous, puis s’avisant des boites de poudre qui traînaient sur le rebord de la fenêtre entrepris de se talquer copieusement. Une fois fait elle se rhabilla et revint voir ma mère dans la cuisine ou le magasin. « Ca fait du bien n’est ce pas ? » « Ah oui, ça fait du bien ! Mais ton talc c’est qu’elle marque ? Il n’a pas la même odeur que celui que j’utilise d’habitude »

    Gisèle entre temps devenait rosée et commençait à se gratter ! Ma mère se demandait bien de quel talc elle parlait, il y avait une boite pour bébé, dans un carton rond. Il n’avait pas d’odeur particulière. Elle s’approcha donc de sa copine pour la sentir.  « Mon dieu ! Qu’est-ce que tu fais ! Tu as pris la boite à droite de la fenêtre, la boite carrée ? » « Bin, oui je crois, c’est pas du talc ? » «  Mon dieu ! Non c’est une boite de DTT pour les puces du chien ! » Maintenant Gisèle était rouge et le produit la démangeait beaucoup.

    « Il faut te rincer comme il faut, t’as pas vu c’est marqué sur la boite ! » (oui mais pas très lisible)

    Les deux femmes retournèrent donc dans la salle de bain, j’ai eu le droit au « Va jouer dehors ! »

    Au passage ma mère pris une grande casserole. Après dans la salle de bain je les ai entendue rire. Le rinçage fut une bonne partie de plaisir entre elles. Vêtue d’une grande serviette de toilette Gisèle alla s’habiller dans sa chambre. Elle en est descendue, élégante mais encore bien rouge ! Pendant le repas du soir il ne fut question que de cela. Mon père n’était pas content et nous avons le droit un discours sur le rangement et l’ordre avec les habituels « nous dans la marine il fallait que tous soit rangé et à sa place  etc. … ou nous dans la garde … etc. » , peu importe c’était forcément mieux. Je crois que lendemain il prit une caisse d’orange vide et décréta que tout ce qui avait attrait au chien devra désormais se trouver là et pas ailleurs, parce que dans la marine … on y reviendra !!

    October 17

    souvenirs d'enfance 6

    Le tortillard

     Le tortillard était un petit train, au format de rail hors norme mais qui assurait encore à cette époque la liaison de nombreux villages. Il allait à Estrée (6km de Montreuil dans la vallée), je le prenais avec ma grande sœur pour aller chez Maximiliène. Il passait par la gare de Montreuil, serpentait le long de la colline entre la 2eme et 3ème enceinte au lieu dit « le Marcadet » pour rejoindre la gare de St Justin et arrivé au sommet s’en allait fièrement jusque Berck-plage à la gare du Terminus à quelques 500 m de la mer. (15km de Montreuil)

    Outre ses rails non conformes, il avait le charme d’avoir une 3ème classe. Sur des bancs de bois bien durs s’asseyaient les paysannes chargées de leurs paniers, les uns remplis de motte de beurre, d’autres débordants de légumes, tel que poireaux, ail ou oignons, et enfin celles qui m’intéressaient le plus à voir les têtes, ici de poulets, là-bas de canards, ainsi que les oies dont je me méfiais ! Ça pince ! Toutes fortes femmes pas belles mais agréables.

     Durant le voyage il était fortement déconseillé de mettre son nez en « dehors » du wagon (bien qu’il n’était pas fermé) car ce petit train en montant la côte crachait tant d’escarbilles que l’on en était tout noir. Ce n’est pas ce qui me dérangeait le plus, mais en ayant prises quelques unes dans l’œil je n’ai pas très apprécié. Il y avait un toit mais s’il pleuvait et que le vent poussait la pluie alors tout le monde était mouillé.

    Une fois, en hiver probablement les rails étaient couverts de givre et le tortillard s’est mis à patiner, alors un des employés de la SNCF a demandé à tout le monde de descendre pour que le petit train puisse passer l’endroit litigieux. Tous les occupants des wagons descendirent donc avec bonne humeur, l’un d’eux disant « bien, il ne nous demande pas de le pousser, c’est déjà ça ! » quelques centaines de mètres plus loin notre « rapide » a attendu que tout le monde soit remonté pour terminer l’ascension de la côte. D’après des explications que j’ai entendues, mais quand ? il y avait un endroit difficile que le chauffeur devait prendre avec un maximum d’élan pour le passer, cette fois là sans doute il ne roulait pas assez vite pour l’aborder !

    Gerbes d’étincelles

    Notre petit tortillard, antiquité en activité, un jour fut malade et resta en gare de Montreuil pour réparations. Du haut des remparts, derrière ce qui était les bâtiments de la garde mobile on a une bonne vue de l’endroit. Des ouvriers s’affairaient à le remettre en état. Parmi ces travaux il y avait des opérations de tronçonnage ou quelque chose comme cela, ce qui donnait un magnifique feu d’artifice fait de milliers d’étincelles. Ces fleurs de feu me fascinaient, et chaque jour je venais voir ce spectacle pyrotechnique improvisé. J’étais bien sur chaperonné par ma grande sœur.

    Un jour le spectacle s’acheva et le tortillard repris son service pour quelques temps puis fut désaffecté, ses rails restèrent longtemps en place puis furent retirées peu à peu. On peut encore suivre l’ancien tracé et voir de place en place quelques traverses de bois ayant échappées à la convoitise de ceux qui les transformaient en piquet. Il n’en reste pas grand-chose il faut bien chercher

    Georges P

    Parmi les employés de la maison il y avait un homme, solide, noueux, avec voix assez élevé, toujours à plaisanter. Je l’aimais bien et l’appelais parfois « papa Georges » Un peu rouge de figure, il avait surtout un nez anguleux. Ayant trouvé dans un livre l’image d’un perroquet j’ai pensé que le bec de cet oiseau était semblable à son nez donc très content de ma trouvaille le soir lors du repas je suis allé sur lui en lui disant « papa Georges tu as un nez de perroquet !» Mais comme il ne semblait pas comprendre, prestement je suis allé chercher le cahier d’image et lui ai fait voir en insistant « regarde son bec est comme ton nez » Je crois que sur le coup il a été interloqué puis l’a pris en riant comme toujours, par contre ma mère était horrifiée ! J’ai eu droit à plusieurs séances de remontrances comme quoi ce n’est pas beau de faire des choses pareilles, que les autres pouvaient alors se moquer de lui, moi je n’avais pensé à rien de mal, mais c’est vrai que son nez ressemblait au bec du perroquet ! De ces jours là j’ai retiré qu’il ne faut pas faire ce type de comparaison, même pour chahuter, mais étant moqueur j’ai conservé de le faire si, en premier lieu la moquerie pouvait s’appliquer à moi-même.

    Georges ne m’en a pas voulu et a travaillé encore longtemps chez nous

    Paul Odic

    Paul était un vieux monsieur, mince avec une grande moustache noire, tachée de blanc. Une moustache qu’il étirait de part et d’autre de sa figure. Il devait être proche des 75 ans et travaillait depuis très longtemps chez nous, bien avant ma naissance et le mariage de mes parents. Il était le « chef » de la cour. En réalité mon père très respectueux de son age ne lui demandait aucun travail, mais celui-ci habitué à la maison connaissait bien ce qu’il fallait faire et venait en parler à mon père ce qui donnait à peu près « Patron il y a cela à faire aujourd’hui, sans oublier ceci et cela, vous voulez que je le fasse ? » à ce quoi mon père répondait « oui d’accord, mais Louis et Jacques n’ont rien à faire alors prenez les et surveillez qu’ils le fassent bien »

    Et Mr Paul faisait exécuter les ordres qu’il avait suggérés

    Mr Paul est resté chez nous jusqu'à ce qu’une modification de la sécurité sociale le mette à la retraite. Je n’ai rien contre la retraite, au contraire j’en profite, mais cet homme pas préparé à cela a cru voir son monde s’écrouler. Il vivait avec nous, mangeait avec nous, je n’ai pas souvenir qu’il avait une chambre chez nous. Quand je dis nous, ce n’est pas simplement notre famille mais bien l’ensemble des gens travaillant ensemble. On formait une super famille, je crois, peut-être par naïveté, que ceux qui travaillaient chez nous n’étaient pas malheureux, tout au moins pas abusivement exploités.

    Une année ou deux après ce fut Maximiliènne qui parti pour la retraite. Pour elle aussi cela a été difficile, en plus elle avait sa propre chambre, et à part ma grand-mère parfois, personne ne lui donnait d’ordre, elle s’organisait comme elle le voulait et selon les circonstances, même ma mère pas toujours facile, ne l’importunait pas. Ayant eu un peu plus de temps que Mr Paul pour se préparer à l’idée de partir, le départ s’est mieux passé. L’un comme l’autre restaient les bienvenus

     

    Pour un éventuel lecteur non averti je rappelle que nous sommes dans les années 48-49 et que se sont des souvenirs d’enfance donc pas forcément exact par rapport à la réalité. Ce sont les impressions que j’ai conservées

    7 ans

    L’année suivante donc 7 ans c’est le trou ? En principe à l’école j’ai du allé dans la classe au fond du couloir du premier étage. Aucun souvenir !

    Seulement le noël, on avait commencé la décoration d’un sapin dans la salle, c'est-à-dire la pièce se trouvant entre la cuisine et le magasin en passant par le couloir qui desservait ces trois lieux, et je ne sais pourquoi, peut être qu’il y faisait froid où un problème électrique, les installations de l’époque n’étaient pas fameuses, bref, le sapin a été transféré dans la cuisine proche du couloir. La décoration du sapin nous a occupé un temps, il n’y avait pas de guirlandes toutes faites, donc à l’aide de papiers de couleur, de feuilles d’aluminium venant des plaques de chocolat, force de découpe et de tressage on fini par décorer ce sapin de bonne taille (vers les 2m- 2,50m) plus y ajouter les supports de bougie afin de l’illuminer au bon moment. L’escabeau était nécessaire pour grimper au sommet de cet arbre. Je suis pas sur, mais il me semble que nous avons été à la messe de minuit avant que ne passe ce Fameux Père Noël. J’y ai trouvé un train mécanique qui tournait en rond sur ses rails, ou peut-être faisait-il un huit, et autre chose dont je ne me souviens pas mais dont je sais avoir joué longtemps avec, alors que le train fut relégué assez vite dans un coin, par manque d’intérêt. Monter le circuit oui, mais ensuite le voir tourner en rond manquait complètement d’attrait. Mes sœurs ont probablement reçu des poupées

    C’est bizarre la mémoire je me souviens d’une chose sans intérêt, le train, et je ne sais plus ce avec quoi j’ai joué longtemps ??

    8 ans

    autant l’année précédente est vide que celle-ci est pleine, après un temps de latence c’est la profusion, je ne sais pas si j’arriverai à mettre tout bien en ordre

    October 14

    souvenirs d'enfance 5

    5) L’école des grands

    Je ne me souviens pas de beaucoup de chose de la première année seulement d’un feu cylindrique, en tôle dans lequel on mettait du bois pour chauffer la classe. Il faut dire aussi que je n’ai pas du y faire mon année complète car j’ai été très malade cette année là et je suis allé en préventorium dans les alpes à Lens en Vercors

    Avant cela, mes parents, sûrement ma mère et ma grand mère ont voulu que j’apprenne la musique.

    Pour cela deux ou trois fois par semaine, après la classe, le soir j’allais jusque l’école des filles juste avant l’orphelinat. Une dame, amie de ma grand-mère, m’apprenait le solfège tout en surveillant une classe d’étude : que des filles !!! A gauche de son bureau monté sur une estrade elle m’avait installé une petite table. J’y arrivais avec mon cahier de partition à la fois très fier et très intimidé. Très fier d’être, en somme, le chouchou de ce professeur et intimidé de toutes les filles présentes. Tout en apprenant les notes je voyais parfois des filles me faire des petits signes, j’aimais bien sur qu’elles fassent attention à moi. J’étais le petit coq de cette classe !

    De temps en temps l’enseignante m’appelait et à voix basse m’expliquait l’écriture de la musique ou me faisait réciter, toujours à voix basse, une petite partition qu’elle écrivait afin vérifier que j’avais bien appris et retenu son cours.

    Cela me plaisait pas mal. Je crois que j’apprenais bien ou elle était très patiente, et j’étais aussi le point de mire de toutes les filles, si cela m’intimidait cela ne déplaisait pas non plus.

    Un jour les cours s’arrêtèrent et je ne su le pourquoi que des années plus tard. La prof  Melle Su...était décédée

    Et comme je suis tombé malade dans cette période je ne me suis pas rendu compte de la rupture

    Malade

    Fin de l’automne, début de l’hiver, ma grande soeur était dans une école à Arras, elle est revenue en cours de trimestre. Elle avait attrapé la rougeole et est restée au lit au moins deux semaines. Tous ceux de la maison qui n’avait pas attrapé cette maladie furent contaminés et malades eux aussi.

    4 ou 5 semaines après j’étais très fier car j’étais le seul à ne pas être contaminé ! Je me moquais des autres bien entendu. Jusqu’au moment où je suis tombé malade moi aussi.

    Là j’ai pas fait dans le détail, toutes les maladies infantiles ou contagieuses je les ai prises en bloc, pour celles que je me souviens : rougeole, scarlatine, oreillon, varicelle, plus bronchite rhume ou grippe et je ne sais plus. Cela m’a valu de rester plusieurs semaines au lit ; et le pauvre docteur, Mr Pensin,  qui me soignait ne savait plus quoi me donner pour me guérir.

    Au début à part les sirops au goût amer, les dragées que j’avais du mal à avaler il y avait aussi les sinapismes.

     Un sinapisme qu’est-ce que c’est ? Une façon de torturer un malade dans le but de le faire guérir !!!

    Non, ce n’est pas tout à fait cela ! Il fallait faire bouillir des graines de moutarde qui ensuite étaient misent dans un linge. Quand le tout était suffisamment refroidi on vous l’appliquait sur la poitrine ou dans le dos.

    Au début cela donnait souvent une impression de froid, et peu à peu ça se transformait en chaleur, en irritation mais il fallait tenir l’emplâtre pendant une demie heure. A la fin cela piquait franchement et j’ai pleuré plus d’une fois pour qu’on me l’enlève plus tôt.

    Mes parents, par des amis anglais, avaient entendu parler d’un produit miracle que l’on pouvait obtenir en Angleterre. Je ne sais pas comment ils ont fait mais un beau jour une boite contenant des ampoules de verre est arrivée. C’était de la pénicilline. Un produit huileux, jaune, qu’il fallait chauffer un peu pour le rendre plus liquide et se prenait par piqûre !

    Aie, aie  les piqûres !!!

    Au début une femme est venue me les faire. « Tu verras cela ne fait pas de mal, tu ne sentiras rien !! » Ouai ! Ouai ! Ouai ! Ce n’est pas eux qui les subissaient !  La femme, sois-disant infirmière, commençait une fois la fesse frottée à l’alcool par me pincer la peau entre ses doigts puis y enfonçait l’aiguille « Sois courageux, tu es un homme ! » homme ou pas elle faisait très mal ! Pour ça je la sentais bien l’aiguille ! Et après quand elle envoyait le produit j’avais l’impression qu’elle m’introduisait des perles les une après les autres. Quand la torture était finie je pouvais me frotter la fesse pendant une demie heure afin d’atténuer la douleur et effacer la boule que faisait le liquide. Et il y en avait beaucoup de piqûres à faire !!!

    J’ai du en parler à mon père et pour une fois il m’a écouté ! Il s’est donc inscrit à je ne sais plus quoi pour apprendre à faire les piqûres. Par chance aussi la vieille femme est tombée malade ce qui m’a donné un peu de répit.

    Ensuite c’est mon père qui me les faisait, premier avantage il ne faisait pas mal en piquant, d’un coup sec il plantait l’aiguille ça ne faisait pas mal puis il introduisait le liquide lentement, et même s’arrêtait un moment pour laisser le liquide se faire absorber. La seule petite ombre c’est durant tout ce temps j’avais aussi droit à la leçon de morale, Il faut pas faire ci, il faut faire comme ça, pas faire ça parce que .... Il est vrai que je devais faire beaucoup de (petites) bêtises alors .....

    ++++

    Les ampoules de pénicilline n’en finissaient pas, même à raison de deux par jour, la boite ne semblait pas vouloir se vider !

    A un moment, il fut décidé de ne m’en faire subir qu’une par semaine ! Ouf ! La torture était presque finie ! Et quand trop occupé par le commerce mon père oubliait de me la faire je n’allais pas lui réclamer.

    préventorium

    Sans doute suite à des visites chez le docteur, visites que j’ai oubliées, il me trouva un « voile » sur le poumon droit, et comme à cette époque la tuberculose était toujours très redoutée je fus envoyé en préventorium, dans les Alpes, à Lens en Vercors.  Retour dans mes terres natales !

    Du voyage, en train, je ne me souviens pas de grand-chose. La nuit à Paris, quelques rues étroites, des lampadaires palots, un escalier de bois, une chambre sombre. J’étais habillé d’un manteau de feutre marron clair, le même modèle que celui de la photo

    Le lendemain nous avons pris le train gare de Lyon, je me souviens de colonnades de fonte et d’une toiture de verre, mais je n’irai pas jurer que c’était la gare. Jusque l’arrivée il ne me reste rien. Descendu du train une voiture noire nous emmène jusqu’au préventorium, elle est vieille, noire, de forme carrée. Le long de la route, sur la gauche la montagne forme comme une falaise sur laquelle poussent des sapins, sur la droite c’est la plaine avec des forêts aux arbres multicolores. Les verts, les jaunes, les rouges ocres s’y mélangent. Cette image ressurgira toujours à la vue d’un paysage semblable que se soit sur une photographie ou en longeant la forêt d’Hesdin.

    Le parcourt n’a pas été très long, peut être 3 ou 4 kilomètres à la sortie du village. Un grand bâtiment type chalet, sur sa droite une grande cour où jouent une quarantaine d’enfants. Des personnes viennent à notre rencontre. Elles parlent avec mon père, à un moment on m’expédie jouer avec les autres. J’accepte bien volontiers, car les conversations des grandes personnes sont assommantes et n’en finissent pas !! Et par moment, à croire qu’ils font exprès, ils disent des choses que je ne comprends pas.

    En quelques coup d’œil je fais le tour les lieux, la cour est entourée d’une haie piquante, quelques conifères, des canards de barbarie allant de leur mangeoire au pied d’un escalier jusqu'à la petite rivière coulant à l’opposé. Quelques fils de fer en interdisaient, symboliquement, le passage. C’est tellement symbolique que nous avons souvent les pieds dans l’eau ! Je crois que l’on se déchaussait avant, mais ça c’est pas très sur. Rapidement je me fais des copains, partage leurs jeux. Un en particulier m’intéresse. Un bout de ficelle, quelque chose comme une petite pomme de pin, des plumes que l’on colle entre les écailles à l’aide de la résine tirée des arbustes de la cour. On fait tournoyer cet oiseau improvisé pour qu’il aille le plus haut possible, et qu’il retombe dans le terrain de jeu, bien que, s’il tombe de l’autre coté de la rivière c’est pas mal non plus et c’est une bonne excuse pour faire un tour de l’autre côté, même si, en fait, ce n’est qu’un champ, vide ! Tout cela m’occupe beaucoup au point que je ne vois pas mon père partir. Pourtant avant de s’en aller avec sa caméra il m’a fait un petit bout de film, que j’ai toujours

    Ensuite les jours se succèdent dans cet établissement. En bas, face à l’entrée donnant sur la route, une grande salle meublée d’une table épaisse avec un banc de part et d’autre, c’était la salle à manger. Tous les gamins du centre s’y assoyaient sagement, je ne souviens pas que l’on nous ait imposé le silence, mais il n’y avait pas de cris non plus. Les surveillants mangeaient avec nous et quelques femmes venaient aider les plus petits à bien manger.

    Un docteur venait régulièrement et nous visitait selon ce qu’il jugeait bon. Quand il venait à l’heure du repas le midi principalement il déjeunait avec nous. C’est amusant car j’en ai le souvenir d’un homme jeune, mince, qui avait toujours le temps. Parfois il jouait avec nous !

    Peut-être était il chasseur, un jour il apporta un gigot de sanglier, et il nous a expliqué ce que c’était comme bête et que nous allions voir combien c’était bon. Evidemment nous avons tous trouvé cela super ! C’était la première fois que j’en mangeais ! Ne m’en demandez pas le goût, il y a longtemps que j’ai oublié !

    Derrière cette salle, une autre pièce, carrelée de mosaïques de faïences bleues, et peut être de vertes aussi, le long du mur des lavabos et en face une baignoire un peu particulière faite avec des briques recouvertes elles aussi par de la faïence. Un seul robinet d’eau : l’eau froide.

    Une fois le fond du bac bouché on faisait couler l’eau et nous jouions dedans jusqu'à ce qu’arrivent les femmes qui nous aidaient à manger. Là, une nous faisait déguerpir du bassin, tandis que le deux autres apportaient des seaux d’eau bouillantes ! Nous suivions avec grand intérêt tous ces transvasements. Ensuite notre surveillante vérifiait que la température était bonne pour nous permettre de nous replonger dans la baignoire. Ce plaisir était un peu gâché car elle ne se contentait pas de nous regarder jouer à l’eau mais très énergiquement nous savonnait de la tête au pied. Bon ! A part le savon qui nous piquait les yeux on aimait bien cela quand même. Je ne sais plus comment se passait le rinçage, mais à part se rouler dans l’eau je ne vois pas grand-chose d’autre. De façon tout aussi énergique les femmes de la cuisine venaient avec les serviettes et nous frottaient, après on était tout rouge, mais content. Bien sur une fois séché plus le droit d’aller à l’eau !!

    Je crois que suite au bain on allait souper puis dodo ! Il n’y avait pas de télé à cette époque ! Peut être que les plus grands pouvaient lire, il me semble que dans un coin se trouvaient des livres, mais pas assez pour appeler cela une bibliothèque

    Souvent les après midi se passaient en promenade, si le temps le permettait !

    Je me souviens que d’une seule.

    Prenant la route à droite, c'est-à-dire en s’éloignant du village, nous avons marché un petit kilomètre, puis pris un chemin sur la gauche. Celui-ci montait le long de la montagne-falaise. Les sapins s’y disputaient la place. Il faisait beau. Au bout d’un temps de marche nous nous sommes arrêtés à une clairière ( ?), enfin un endroit un peu plat et plein d’herbe. Nous ébattions sous l’œil attentif de nos surveillants.

    Là, je sorti de mes poches ce que j’avais reçu le matin même, pour mon anniversaire ( ?) Trois petits cochons en pâte d’amande. J’aimais la pâte d’amande (j’aime toujours !). Alors avec mes copains nous avons fait le partage, une patte pour toi, la tête pour lui, l’autre patte pour le troisième, etc. … ce qui fait que chacun de nous eu la valeur d’une phalange de petit doigt à déguster. C’est peut être peu, les cochons étaient petits, mais la communion fut grande !

    Ensuite, après ce « grand » repas nous avons du jouer à faire voler nos « oiseaux »

     

    Une fois par semaine, les jours de pluie ou de brouillard probablement, l’après midi se passait à écrire aux parents, nos surveillants nous demandaient ce que l’on désirait dire à notre famille et nous faisaient des modèles de lettre que l’on recopiait. Je devais à peine savoir le faire, mais je crois bien que je les écrivais moi-même, est-ce que c’était lisible ? Ça c’est une autre histoire !

    Lorsque nous recevions du courrier les dames nous lisaient les lettres et nous expliquaient ce que l’on ne comprenait pas. Elles étaient bien gentilles.

    A part une fois ou deux il ne me semble pas m’être ennuyé dans ce préventorium.

    Ah ! Oui ! les / le dortoir était à l’étage. Point !

    Un jour il y eu quelque chose de particulier. Plein de bruit sur la route, des sifflets, le bruit de piétinements sourds, des chiens qui aboient. Du haut des fenêtres (ouvertes) du dortoir on a vu passer un homme avec une grande barbe, habillé d’un grand manteau. Non, Non ce n’était pas le Père Noël ! Il existait à peine à cette époque là ! Il tenait par une corde un gros mouton, avec des grandes cornes enroulée autour de ses oreilles et derrière lui des dizaines, des centaines d’autres moutons, de place en place des chiens qui les empêchaient de brouter l’herbe et les faisaient avancer. Et ils passaient, passaient, sans fin ! A un moment arriva une carriole transportant un autre homme qui avait fort à faire pour contenir les agneaux enfermés sur cette plateforme, et derrière encore des moutons, des centaines de moutons ! Et tout à la fin, deux ou trois hommes avançaient en criant, pour que des moutons espiègles suivent les autres. Des chiens, encore, couraient en tous sens pour faire obéir les récalcitrants ! Je crois que quand les derniers sont passés devant notre porte les premiers devaient être arrivés au village

    Je n’ai jamais vu autant de moutons d’un seul coup !

    Pere noël

    A propos du Père noël j’avais presque 5 ans quand il est « passé » chez nous ! Comme dit plus haut mes parents tenaient un commerce, une épicerie, et étaient, vis-à-vis des parents de mes petits camarades, beaucoup plus « riches ». Donc ce passage du Père Noël était un petit privilège que n’ont pas eu mes copains

    Le soir notre mère nous ayant raconté je ne sais plus quelle histoire, mes deux sœurs et moi déposâmes nos chaussons au pied de la cheminée de sa chambre. Le lendemain matin très curieux de voir ce que nous avait apporté cet être extraordinaire nous nous sommes introduits de bonne heure dans la chambre pour découvrir, oh ! Merveille ! Une orange, en pâte de fruit, agrémentée d’un paquet de bonbons ! Peut être une ou deux oranges aussi !

     Cela te semble peu ? A moi, cela m’a semblé merveilleux ! Pourtant je n’étais pas privé de sucreries ! Les années suivantes il a été plus généreux, enfin tant qu’il conserva son auréole.

    Maintenant, il semblerait qu’il n’est jamais assez généreux, bien qu’il apporte des multitudes de cadeaux. Est-ce tout simplement parce que l’on oublie de lui donner un peu de magie ? Le père Noël dure toujours pourtant sa magie est éphémère, il faut l’aider à apporter du merveilleux, mais ça ne se trouve pas dans les supermarchés, mais dans les cœurs, rien que dans les cœurs.

    retour

    Après 3mois, moi je pensais 6 mais mes parents m’ont dit 3, ils ont sûrement raison !

    Donc 3 mois après mon père est revenu me chercher. J’étais bien content de le retrouver.

    Je revoie encore la forêt de couleur, ce qui en principe est anormal ayant vu les arbres en couleurs à l’aller ils auraient du être sans feuilles 3 mois après, non ? Il est vrai aussi que je n’ai aucun souvenir de neige, mais ça c’est pas une preuve.

    A la fin de la journée nous étions encore dans les Alpes, nous avions du faire un bout de route en Micheline et nous avons dormi quelque part où le dortoir était décoré de faïences représentant Blanche Neige, les sept nain et Bambi bien sur !

    Le lendemain après le petit déjeuner nous avons repris le train

    Fin du voyage car je ne me souviens de rien pas même du retour à la maison où l’on a du fêter mon arrivée.

    Les poux

    Mes cheveux ayant repoussés durant ce séjour alpestre, le lendemain, sans doute, je suis allé chez le coiffeur qui s’aperçu, horreur ! que j’avais plein de poux ! Cela m’a valu une coupe à la brosse ultra courte qui me donnait un air voyou, plus que nécessaire ! Le traitement ne c’est pas arrêté là. Chaque jours ma mère ou Maximiène me lavaient la tête avec une préparation à base de savon mou et de vinaigre afin d’éliminer les bestioles. Et après ce shampooingnage, à l’aide d’un peigne fin elles faisaient la chasse aux survivants ! Elles m’appliquaient aussi un papier « beurre » sur la tête pour repérer plus facilement les intrus. Au bout d’une semaine la victoire fut déclarée ! Ce qui me restait de cheveux avaient blanchis avec le vinaigre, mais ma mère était satisfaite elle avait évité que l’on me fasse la coupe totale soit « la boule à zéro » ce qui dans ce cas est aussi très efficace !!!

    Elle pestait contre le préventorium qui à son avis n’avait pas fait attention et nous avait mal soigné. Son chérubin avec des poux ! Un scandale !

    Le chérubin n’en est pas mort, et s’en moquait bien de ces petites bèbêtes, (sauf quand ça gratte de trop)

    souvenirs d'enfance 4

    Montreuil sur mer

    Si ces récits t’intéressent avant de continuer il me faut apporter quelques précisions. Ce sera plus simple pour moi expliquer et pour toi plus simple pour comprendre.

    La ville de mon enfance est Montreuil sur mer c’est d’autant plus vrai qu’elle est la ville de mes premiers souvenirs, comme tu viens de le lire plus haut. Ce n’est pas une grande ville dotée de grande industrie, mais un site très agréable au passé très lointain. Pour l’instant son histoire commence avec l’empire romain et son tracé remonterait à cette époque. Bien entendu il ne reste rien de visible de cette période. Comme les romains occupaient généralement des sites conquis je ne serais pas étonné d’apprendre un jour que la ville était « celte » ( ?) avant d’être romaine, d’autant plus quelle est juchée sur un éperon avec une rivière en contrebas : La Canche. Un petit ru traversant une région marécageuse rejoignait ce petit fleuve en glissant le long de la colline. C’était une protection naturelle supplémentaire il ne restait qu’un bout de plaine à fermer en haut de cette colline pour être à l’abris des envahisseurs .Les gaulois aimaient bien cette configuration mais jusqu’à présent je n’ai rien lu ou entendu qui accrédite cette hypothèse, mais dans le midi de la France j’ai visité des oppidums ayant cette forme sans avoir l’avantage de la rivière.

    Le ru coulait suffisamment d’eau pour activer quelques moulins au moyen age, des cartes de l’époque en attestent la présence. Aujourd’hui il est presque disparu et la partie marécageuse, ou ce qu’il en reste, se trouve devant la troisième enceinte. Seules quelques petites tours subsistent. Il est assez facile de les voir de la route lorsque l’on prend la bretelle dite du « Marcadet ».

    Montreuil s/mer est surtout célèbre pour ses remparts et sa citadelle. Certaines parties datent du 10ème siècle, sous Philippe Auguste, d’autres furent remodelées par le célèbre architecte de guerre de Louis 14 soit Wauban, les dernières transformations « militaires » ont eu lieu jusqu’en 1870. Après il y a eu des transformations civiles, mineures mais très importantes pour la vie de la citée tel que le relèvement de la hauteur de la voûte de la porte d’entée de la ville « la porte de France »  comme je l’ai vue faire cela doit se situer au environs des années 50.

     

    Montreuil  a toujours été française et a eu son statut de ville très tôt, ville frontière au moyen age elle abritait l’ambassade d’Espagne en France quand Hesdin, la ville voisine, faisait partie des Flandres espagnoles et que Boulogne était anglaise

    Bizarrement Napoléon ne semble pas s’y être arrêté pourtant « la grande armée » n’a pas du passer bien loin. C’est peut-être une lacune de mes connaissances. Néanmoins dans sa réforme il en a fait  une sous préfecture.

    Ces épaisses murailles, ces douves sèches, y compris le souterrain allemand font partie de mes terrains de jeux. Avec mes petits camarades nous y courrions, partout, cela me fait frémir aujourd’hui ! Mais jamais aucun de nous ne s’est blessé ou n’est tombé du haut des murs, d’autres que notre groupe oui, mais nous non !! Pourtant ! Que de risques inutiles ! Pour ne citer qu’un de nos « exploits » c’était une course à vélo sur la margelle de la muraille près de la « Porte de France ». Un bon 10m de contrebas si on tombait du mauvais côté, quelques vélos n’ont pas appréciés ! J’expliquerai plus loin

    Un dernier mot sur la ville, au moyen age cette ville, comme beaucoup d’autres ; à été dominé par l’esprit religieux, chrétien catholique bien sur puisque c’était la seule forme autorisée, il en subsiste de nombreuses architectures religieuses presque toutes de style gotique. Si vous passez par là même si vous n’êtes pas croyant, et c’est même mieux à mon avis, allez admirer le magnifiques travail de nos ancêtres artisans, le clocher le l’Hôtel-Dieu est une dentelle de pierre, une petite merveille, prenez le temps de savourer la beauté des vitraux de l’église saint Saulve, église au passé tourmenté. Bin oui ! Montreuil est une petite ville calme aujourd’hui mais durant la « Révolution » l’agitation a du battre son plein. Les pluviôses et les ventoses ont essayé de faire table rase du passé avec toutes les dégradations que l’on peut hélas toujours observer. Un obscurantisme en remplaçait un autre mais ça ne justifie pas de tout casser, tout saccager. Oui aux idées nouvelles, ça d’accord, mais pourquoi détruire la peine de tant d’artistes, ils ne pensaient pas comme nous ? La belle affaire. Faute d’être d’accord avec leurs « fausses » idées du monde il devrait être possible de respecter l’ouvrage.

     Bon, d’accord, il ne faut pas être naïf, aujourd’hui encore il se fait la même chose, ici ou là quand le peuple excédé de misère ne voit dans les oeuvres que le symbole de son oppression. Simple réaction humaine, c’est dommage quand même

    Les remparts de la ville sont toujours un lieu de promenade que l’on peut répéter chaque jour sans jamais se lasser. Le spectacle qu’offre cet environnement fait partie de la magie, quelque soit la saison quelque chose de nouveau, de naturel, vient à notre rencontre, il suffit seulement de regarder

     

    Passé la Porte de France la route serpente le long de la colline arrivé en haut nous entrons dans la Grande rue, ligne droite jusqu’à une petite place à gauche, la Place verte appelée ainsi tout bonnement parce qu’elle est plantée de petits tilleuls, un minuscule parking permet de garer sa voiture devant un monument aux morts. Une route à droite conduit directement à l’entrée de la citadelle, nous la laisserons de côté pour l’instant en continuant la Grand’rue maintenant nous descendons le long de grandes bâtisses du 17eme siècle

    Ma maison

     Juste à l’angle droit se trouvait un magasin de meubles fabriqués sur place, en descendant un peu nous passons devant une petite maison puis arrivons chez moi. C’était un grande épicerie tenue par mes grands parents, nous y entrerons tout à l’heure, en continuant nous croisons une lourde porte garnie de décoration en fonte, puis une grande baie vitrée dont je n’ai jamais compris l’utilité et arrivons à l’entrée du garage doté d’une grande porte cochère à double battant. En face un bâtiment, les écuries. Ma grand mère m’a souvent parlé de ses chevaux, elle les aimait beaucoup. Ils n’étaient plus lorsque j’étais là. Est-ce à cause de la guerre ? Ou est-ce déjà le fait de la modernisation ? Je ne saurai jamais et c’est une question que je n’ai jamais pensé lui demander.

    Avant d’y parvenir un hangar à la lourde toiture de tôle de fer rouillée

    Sur la gauche une maison que j’ai toujours connue désaffectée, au mieux servait-elle d’entrepôt pour des marchandises tel que le vinaigre et les bouteilles de gaz. C’était aussi le royaume des rats !

     

    Sur la droite formant un L on aperçoit  tout le corps de bâtiment. En premier la salle de réception, on y accédait par un couloir au fond du magasin ou par la cuisine qui donnait dans ce même couloir. La cuisine était une pièce assez grande pour tenir 18 convives autour de la table. La cuisinière y brûlait du charbon presque toute l’année, en plus de servir à la confection des repas elle servait aussi de point d’eau chaude, le seul de la maison, au début.

    On entrait dans la cuisine par la pièce d’entrée en prenant la porte de droite, à gauche c’était les entrepôts. La pièce d’entrée était aussi dotée d’un grand escalier permettant de monter dans les chambres en longeant tout le bâtiment

    Les entrepôts faisaient suite ; deux grandes pièces froides, mal éclairées. C’était le long de leurs murs que se trouvaient les rosiers. Le dernier comportait un escalier très intéressant rejoignant le couloir des chambres et permettant aussi de monter au grenier. Le grenier ! Ou la caverne d’Ali baba pour un petit garçon curieux, car il était vaste, bien éclairé et rempli d’objets remisés là dans l’attente d’une nouvelle apparition. On y faisait souvent séché le linge et les draps

    Enfin pour terminer cette visite le cabinet suivit du petit poulailler

    En face, un appentis adossé aux écuries servait de laverie

    Repassons par le magasin. Cette grande pièce doté de deux vitrines et de sa porte d’entrée était entourée de rayonnage afin d’y ranger les marchandises. Le bas à l’origine devait être des tiroirs pour contenir des graines. Au dessus les rayons étaient des alvéoles dotée de colonnettes, toute cette boiserie, très jolie, en fait n’était pas très pratique. La mode de l’époque voulait que le client demande ce qu’il désirait et les serveuses s’affairaient à lui donner. Elle étaient trois pour ce service ma mère tenant la caisse. Plus tard mon père confectionna des « gondoles » pour gagner de l’espace de vente, ma mère maudissait cette idée qui, d’après elle, permettait surtout à quelques clientes kleptomanes de faire main basse sur ce qui y était exposé. Après quelques disputes il fut admis de n’y placer que les marchandises trop volumineuses pour être dissimulées rapidement dans une poche, fut-elle grande.

    Quand nous sommes revenus des alpes mes grands parents ont divisés leurs biens entre leur fils, mon oncle et leur fille, ma mère et se sont réservés 4 pièces dans la partie extrême du bâtiment, celle donnant au bout de l’unique couloir, au dessus du garage. Ce fut aussi le début de l’animosité qui exista entre mon père et ma grand mère, elle soutenant qu’il n’avait rien apporté, lui, regrettant d’avoir du quitter l’armée avec seulement une demi-retraite. Il aimait cette vie et y préparait les écoles d’officiers avec l’espoir de grades supérieurs. Il l’a toujours regretté

    Pour aller chez ma grand mère il fallait donc emprunter le grand escalier, passer devant les trois chambres de bonne puis celle de ma soeur, la mienne, tourner, passer devant la chambre de mes parents, une autre chambre vide, traverser une petite pièce avant de frapper à la porte de mes grands parents. Une pièce d’entrée donnant accès à deux chambres et une salle de séjour, sans parler de l’escalier donnant sur leur partie de grenier, la plus intéressante !

    Ici mes souvenirs sont surtout liés à mon grand père : petit, plutôt chétif, chemise blanche, pantalon et veste noire. Je crois toujours l’avoir vu habillé pareil. Il aimait la musique, chef d’orchestre, compositeur, il ne s’occupait que de cela et des choses de la ville, étant conseiller. Doux, calme avec une grande patience il m’apprenait à reconnaître les couleurs à l’aide de petits éléphants de carton que l’on trouvait dans une marque de thé. Comme je me trompais souvent il désespérait de me les faire reconnaître ce qui ne l’empêchait pas de recommencer inlassablement. Je n’ai pas de souvenir de lui m’apprenant la musique, il y avait un beau piano dans sa salle de séjour, mais seulement de l’écouter derrière la porte quand il travaillait ses partitions. Me trouvait-il trop petit ou trop mauvais élève je ne sais.

    Mort de mon grand père

    L’accès à ces appartements n’étant pas pratique mon père construisit un escalier en béton proche de la porte garnie de fonte et aboutissant dans la pièce « vide ». Je le vois encore torse nu en train d’étayer les coffrages et couler le béton, pas en détail bien sur, je l’entends encore vanter son ouvrage et dire que cet escalier sera solide et plein de qualités.

    Qui dit travaux et béton dit poussières. Cela n’améliora pas le rapport beau-fils belle-mère !

    Mon grand père ne profitera pas longtemps de cette construction.

    Un jour ma grand-mère décida de nettoyer le tapis qui recouvrait l’escalier montant au grenier, et avec l’aide de la bonne elle enleva toutes les tringles qui maintenait ce tapis en place. Nettoya les boiseries et consciencieusement cira les marches.

    J’étais devant le meuble où étaient rangés les éléphants, et sans doute je jouais avec. Mon grand-père arriva, monta l’escalier à la hâte, et,  arrivé à mi hauteur s’effondra, roula le long des marches jusqu’en bas. Comme il ne bougeait plus j’ai crié ma grand-mère l’accusant d’avoir trop ciré les escaliers et fait tombé mon grand père. J’étais très en colère après elle. Elle m’a fait taire en me disant « fait pas de bruit, il dort, va jouer dans la cour »

    Je n’ai jamais revu mon grand-père et pour cause, crise cardiaque foudroyante. Pauvre grand-mère, moi qui l’accusais d’avoir trop ciré cet escalier !

    On m’envoya avec ma soeur « à la campagne » dans un petit village proche, chez une des bonnes de la maison, Maximiliène. Forte femme, cuisinière, femme de ménage, elle s’occupait de toute la maison et couchait habituellement dans la première chambre au début du couloir. Très dévouée elle avait fait de notre famille sa famille. Pour moi Maximiliene était ma seconde mère.

    Au village une fois passé le petit pont il faut prendre le chemin sans issus à gauche il n’y a qu’une seule fermette, c’est là.

    Passé la grille la maison d’habitation se trouve à droite, elle est en torchis, comme presque toutes les maisons du village. Une pièce enfumée sert de salle/cuisine et de part et d’autre une chambre.

    Au milieu de la cour le traditionnel tas de fumier. Sur la gauche les étables et la grange. Les vaches étaient dans les pâtures.

     Nous allions y jouer grimpant aux arbres et mangeant des pommes acides pas mures, bonjour les grimaces ! Les enfants de la maison étaient avec nous, très heureux d’avoir de nouveaux petits camarades, en plus 2 garçonnets d’une maison proche venaient jouer avec nous, le plus vieux pouvait avoir 9 ou 10 ans. Il devait y avoir 4 ou 5 filles et 3 garçons moi compris.

    Rien que de très banal. Ce qui l’était moins c’est le jeu que le grand proposait aux filles. Il leur fallait remonter très haut leur robe et lui retirant sa culotte courte allait se frotter le zizi sur leur bas ventre. Une fois cette petite friction terminée il leur pissait dessus, en étranglant le bout pour avoir assez de réserve pour les arroser toutes chacune leur tour. Je me demandais ce qu’il pouvait y avoir d’amusant à cela mais les filles semblaient aimer ce jeu. Quand la vessie était vide le jeu était remis au lendemain. Je ne comprenais pas mais plus tard j’ai compris que ce « grand » n’avait pas bien vu le film. Il a certainement du rectifier le tir par la suite !!

     

    La coupe de cheveux

    Toujours dans cette probable période été/automne 1948, nous sommes allés chez mes grands parents paternels, à Hénin Lietard presque à l’entrée de Droccourt. Tout y avait une drôle d’odeur, celle du charbon et des terrils fumants non loin de là

    Mon grand père, un colosse peu causant, m’impressionnait beaucoup. En plus il avait une rigueur peu commune. Menuisier, charpentier, ébéniste, son atelier était plein du bruit de ses machines. Quand j’allais dans son atelier souvent il me faisait de gros yeux accompagnés du « pas touche » alors j’étais pas trop rassuré.

    Ma grand-mère, toute petite, fine allait et venait comme une souri. Elle s’affairait à la cuisine, allait jeter un œil au café, café qu’elle tenait avec l’une de ses filles. L’autre fille dans une petite pièce s’était instituée coiffeuse, peut-être avait-elle appris, je ne sais, cela fait partie des choses que l’on ne demande jamais. Elle coiffait, coupait, peignait, faisait les mise en plis, enfin tout ce que l’on demande à un coiffeur.

     J’avais de beau cheveu blond, très long, roulés en banane au sommet de la tête. Sans doute que ma mère me trouvait très beau ainsi. Donc ma tante me coiffa et l’aide de son fer à friser me fit une bien jolie boucle sur le crâne.

    Nous avons du rester deux ou 3 jours chez mes grands parents et nous sommes retournés chez nous. J’étais soulagé, mes tantes avaient la voix un peu haute et me semblaient toujours crier, dans ma timidité cela m’effrayait. Mon grand-père me semblait inaccessible bien que prévenant et ma grand-mère toujours sous pression comme une petit souri craintive en train de chaparder du fromage devant un gros chat endormi.

    Rentré à la maison, rien de spécial jusqu’au soir. Pendant le souper tout le monde était attablé et chacun discutait de sa journée. La famille, les employés, nous mangions tous à la même table. Ce jour là comme d’habitude nous devions être une quinzaine. Profitant que personne ne faisait attention à moi je me suis éclipsé en douce. Monté dans ma chambre, à l’aide de ciseaux de plomb qui m’ont coupé que cette fois là je me suis retaillé les cheveux, à l’aveuglette probablement. Ce travail terminé je me suis recouvert la tête d’un manteau en peau de taupe et suis redescendu à table. Comme je ne voulais pas quitter ce couvre chef improvisé, mon père a fini par me l’enlever !

    Aie ! Aie ! Aie ! Il n’était pas content du tout ! Mais alors pas du tout ! Le martinet qui ne traînait jamais bien loin, sauf quand j’arrivais à le cacher comme il faut, vint me dire bonjour ! Après je ne sais pourquoi il voulait voir les cheveux coupés et moi je ne voulais pas dire où ils étaient. Coup de martinet après coup j’ai monté les marches une à une, arrivé en haut il m’a traîné jusqu’à l’entrée de ma chambre, là blotti dans le recoin de la porte je n’ai plus bougé. Encore quelques coup de martinet puis soudain il le jeta et parti. Un peu après je suis allé le ramasser et l’ai caché dans le fond d’un placard. Les jours suivant je lui ai coupé toutes ses lanières et à l’aide d’un marteau j’ai fini par lui casser le manche et j’ai tout jeté dans le feu de la cuisine. Au moins celui là ne servirait plus !

    Le lendemain sans doute je suis allé chez le coiffeur qui m’a fait une bonne coupe « à la brosse ».

    Maintenant je n’étais plus le bébé mais un petit garçon curieux mais toujours très timide.

    Ma mère retrouvera les cheveux 3ans plus tard, dans une boite avec les fameux ciseaux de plomb ! Et me les a conservés.

    On est arrivé à la rentée des classes mais je ne sais pourquoi il me semble bien y être allé après les autres. Qu’importe à 4 ans et demi/5 ans ce n’est pas gênant.

    L’école maternelle

    Pour aller à l’école ce n’est pas difficile, il faut traverser la rue, en faisant bien attention aux voitures, la remonter jusque la banque (c’est presqu’en face) tourner à droite puis c’est tout droit, on va jusqu’au bout de la rue de la chaîne, on laisse l’école des grands (à droite) et on descend la côte. En face c’est pour          aller se promener dans les remparts, à droite la route mal pavée c’est la rue du petit coq en pot, sur la gauche d’abord l’orphelinat puis juste après l’école des petits. Une allée de cailloux qui crissent sous tes pieds. Une porte de verre qu’il faut pousser fort pour entrer dans un grand préau qui résonne de tous les cris. A droite c’est ma première classe. Deux dames, jeunes, se sont occupée de moi et me donnaient à jouer des trucs une fois comme des cubes à replacer, une autre fois il fallait passer un lacet dans des petits trous pour faire un dessin. Au bout de quelques jours j’avais usé tous leurs jeux. C’est bête ! Elles semblaient embêtées alors elles ont été chercher une autre dame, beaucoup plus vieille celle-là et ont discuté ensemble, je ne sais pas ce qu’elles se disaient mais elle parlaient de moi, c’est sur ! A la fin une d’entre-elles m’a dit de la suivre et nous sommes allés dans la classe en face. Elle m’a fait asseoir à une table inoccupée puis est allé parler à la maîtresse. Cette dernière faisait des grands « oui » de la tête, ensuite ma guide est sortie. La maîtresse m’a donné une feuille de papier et une grande plume d’oie, une vraie plume d’oie, puis elle a continué d’expliquer le tableau. Dessus était dessiné une petite boucle avec au-dessus deux petits traits obliques. Elle disait que l’on ne prononçait pas tout à fait pareil quand le trait allait à droite ou allait à gauche. Vas savoir pourquoi j’ai retenu ça ! Cela m’a sans doute amusé de voir que ce petit trait peut faire changer la façon de dire. Après elle est venue m’expliquer comment on écrivait avec la plume. Ca aussi c’est très amusant et en prime on a les doigts plein d’encre, une encre violette, comme les fleurs. C’est une excuse formidable pour aller jouer à l’eau. Au fond de la classe une porte donnait sur une autre classe, les plus grands, je devrais dire les plus grandes car il n’y avait que des filles ou presque.

     

    J’aimais cette classe et son odeur faite de senteurs d’encre et de craie. Le temps passe et nous devions être en novembre ou décembre, il ne faisait pas encore froid mais le jour tombait très vite à la sortie de la classe.

    Petit chevalier

     Un jour sortant un peu dans les derniers, j’étais jamais pressé, je vis une petite fille toute en larme, au bout de l’allée. Je lui demande donc ce qu’elle a  « mes parents ne sont pas venus me chercher » Alors petit chevalier servant je lui propose d’attendre avec elle ce qu’elle accepte aussitôt. La nuit tombe.

     « Tu habites où ? »

    -          « je ne sais pas »

    -          là il y a un problème, « c’est loin ? »

    -          « non pas beaucoup »

    -          « quand tu viens à l’école tu passes par où ? »

    -          « par là » en faisant signe de son doigt

    -          « bon alors on y va ? peut-être que l’on rencontrera tes parents »

    -          « oui » et nous voilà parti, main dans la main, nous montons la petite côte et là deux choix s’offre a nous

    -          « de quel côté tu passes ? »

    -          « par là » désignant de sa main la place de la poste

    -          « bon maintenant tu vas où ? »

    -          « par là » en me montrant la rue longeant l’hôpital

    Nous continuons ainsi toujours main dans la main, descendant la Cavée, passons la Porte de France, descendons la ville basse, dépassons le passage à niveau. Maintenant la nuit est bien noire, seuls de place en place quelques lampadaires pâlots éclairent la route. C’est quand même loin !

    Soudain elle s’écrie « c’est là !» elle lâche ma main et court vers sa maison, ouvre la porte qui se referme derrière elle.

    Là il y a un trou, je crois bien que le fier petit chevalier ne devait plus être très brave, seul dans le noir, et qu’il a du crier au secours..........en pleurs !

    Les poissons rouges

    Le film reprend plus loin chez une vieille dame, mince, gentille, les cheveux gris roulés en chignon sur la nuque. La salle sombre, meublée de fauteuils et de lourdes draperies, sent le renfermé. Elle me propose des petits gâteaux, que j’accepte. Mais ce que je retiens surtout de chez elle c’est le grand bocal de poissons rouges posé sur un guéridon. Ils semblaient nager de concert  et cette façon m’intriguait beaucoup. Après une attente assez longue quelqu’un est venu me chercher, une vendeuse ou une bonne sans doute je ne sais plus.